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Histoire du château d'Ambleville & les Mornay

La famille de Mornay compte des personnages illustres : au XVIe siècle, le chef huguenot Philippe du Plessis-Mornay, gouverneur de Saumur (1549-1623), et au XIXe siècle, un diplomate, ministre résident à Bade puis ministre plénipotentiaire à Stockholm, Charles, comte de Mornay (1801-1878), ainsi que deux députés de l'Oise, Jules, marquis de Mornay (1798-1852) et Philippe (né en 1831). La position officielle et sociale de la famille de Mornay se trouve encore renforcée par la faveur dont elle jouit auprès du roi et de la reine sous la monarchie de Juillet, après le mariage en 1822 de Jules de Mornay avec Hortense Soult, fille du maréchal Nicolas Soult, duc de Dalmatie (1769-1851).

Engagé en 1785, le futur maréchal Soult prit part à la victoire d’Austerlitz (1805) et à la prise de Königsberg (1807) et fut nommé gouverneur de la Vieille-Prusse et duc de Dalmatie. Envoyé en Espagne, il força les Anglais à lever le siège de Badajoz (1811). Il prit part à la victoire de Bautzen puis fut renvoyé en Espagne où il réussit à freiner l'avance de Wellington. Rallié aux Bourbons en 1814, il fut fait pair de France et nommé ministre de la Guerre (1814-1815). Pendant les Cent-Jours, il se rallia à Napoléon Ier. Il fut banni lors de la Seconde Restauration , revint en France en 1819, fut réintégré dans la Chambre des pairs en 1827. Rallié à la monarchie de Juillet, il fut ministre de la Guerre du 17 novembre 1830 au 18 juillet 1834 et du 29 octobre 1840 au 10 novembre 1845, et ministre des Affaires étrangères du 12 mai 1839 au 1er mars 1840. Il fut président du Conseil du 11 octobre 1832 au 18 juillet 1834, du 12 mai 1839 au 1er mars 1840 et du 29 octobre 1840 au 19 septembre 1847. Il réprima l'insurrection de Lyon en 1831 et décida de l'expédition d'Anvers en 1832.

MORNAY : ancienne & illustre maison, originaire du Berry, divisée en plusieurs branches, fécondes en hommes illustres & alliées aux premières Maisons du Royaume, qui a donné deux chanceliers & un grand louvetier de France, des chevaliers du Saint Esprit, etc...

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1. Bouchard de Mornay, Sr de Saint Germain-sur-Indre, Ecuyer d'Ecurie du Duc d’Orléans, fut Sr de la Ferté-Nabert , des Roches & de Chalmaison, après la mort de Pierre de Mornay, son frère aîné : il est qualifié Ecuyer dans un acte du 21 février 1404. [ Fils de Pierre mort en 1404: Chevalier, Sr de la Ferté-Nabert , Conseiller Chambellan du Roi, Sénéchal du Périgord, du Quercy & de Saintonge , qui fut un des neuf Chevaliers Bacheliers de la Compagnie de Gaucher de Passac, aussi Chevalier Bachelier, qui fit montre à Aixe, en Limousin, le 1er janvier 1371 ; Il était Sénéchal du Périgord, lorsqu'il fut laissé comme Lieutenant de Louis de Sancerre, Maréchal de France, ès-parties de Guyenne, le 15 novembre 1386, pendant l'absence de ce Maréchal, & est employé dans les comptes de Jean le Flament & de Guillaume d'Ansernet, Trésoriers des guerres ès-années 1383 & 1388 ; Il avait épousé Jeanne de Vendôme, Dame de Saint Germain-sur-Indre, fille de Bouchard, Sr de St Germain dont vinrent : Pierre Sire des Gaumes & de la Ferté-Nabert , Bouchard présenté ici, Jacques Chevalier de Rhodes, & Jean Religieux et Chambrier de l'Abbaye de Saint Benoît-sur-Loire.]
Bouchard de Mornay (mort en 1453) épousa Jeanne des Essarts (1395-1470), dame d'A., Achères, Villiers-le-Chatel & c., fille & héritière de Julien des Essarts, Sr d'A., Bouville & Farcheville, & d'Isabeau de Vendôme ; et ce en 1450 fondant ainsi la branche Mornay d'A. Elle est nommée dans un acte passé en sa faveur, le 13 octobre 1413, par Pierre de Mornay, son beau-frère. De ce mariage vint :

2. Charles de Mornay, Sr de Villiers, Achères, la Chapelle-la -Reine, A., & c., qui passa, le 23 mai 1453, conjointement avec sa seconde femme, une procuration à Gilbert, bâtard de Mornay, Sr en partie de la Ferté-Nabert , & eut de la succession de Jeanne des Essarts, sa mère, la Terre d'A., par le partage qu'il fit, le 23 avril 1470, avec Jean d’Isque. Il fit hommage de la Seigneurie de la Ferté-Nabert à Marie, duchesse d'Orléans, le 7 novembre 1484. Il avait épousé, 1° en 1449, Jeanne de Trie, dite la Jeune , Dame de Buhy, d'Achicourt, de Copierre & de Montreuil, fille de Jacques de Trie, Sr de Rolleboise, & de Catherine le Jay de Fleurigny ; & 2° Bonne de la Viefville , dite la Brune , Dame de Vaux, fille de Jean de la Viefville , Sr de Vaux. Du premier lit vint :

1. Jean, Sr de Buhy, Boisemont, Pommereuil & la Chapelle-la -Reine, mourut en 1499. Il avait épousé, par contrat du 5 avril 1473, Catherine de Fouilleuse, Dame de Bovès, fille de Philippe, Sr de Flavacourt, & de Françoise de Vaux. Ils eurent 5 enfants : Philippe( aïeul de Philippe du Plessis-Marly ), Guillaume ( tige de la branche des Srs & Marquis de Montchevreuil ), Jeanne, Antoinette, & Catherine;

et du second lit vinrent :

2. Guillaume, auteur de la branche des Srs & Marquis de Villarceaux & d'A., rapportée ci-après ;

3. André, Chevalier, Sr de Vaux, qui fit hommage de la Srie de la Chapelle-la -Reine le 20 décembre 1499, & laissa :

1. N. de Mornay, mariée 1° au Sr de Feugrin ; & 2° au Sr du Taron en Touraine ;

2. N. de M., qui épousa N., Sr de Villiers le Nouë ;

3. et Marguerite, qui a épousé N., Sr du Breuil en Cotentin.

4. Simon, aussi Sr de la Chapelle-la -Reine, mort sans postérité ;

5. Jean, Sr d'Achères, en 1489, vivant encore en 1492, qui eut de Jeanne de Cugnac, son épouse, fille de Pierre & de Jeanne de Prunelé : Gilles, Sr d'Achères ;

6. Charlotte, mariée à Charles Blosset, Sr de Saint Maurice ;

7. Marguerite, qui épousa Antoine de Cugnac, II ème du nom, Sr de Dampierre, près de Gien, premier Maître d’hôtel du Roi & Maître des Eaux & Forêts d’Orléans ;

8. et Antoinette, qui a épousé Antoine de Carnazet, Sr de Brazeux.

3. Guillaume de Mornay, Sr d’Ambleville, eut en partage la Terre d’A. pourvu de la Capitainerie d’Orléans par la duchesse d’Orléans le 1er octobre 1477 et Maître d’Hôtel , de l’Hôtel du Roi en 1502, décédé après le 17 mars 1517, inhumé à Ambleville. Il avait épousé en 1489 Tristane d’Aucqois, fille de Jean, Seigneur de Fay aux Loges et de Reuilly en la forêt d’Orléans, l’un des 100 gentilhommes de la maison du Roy, et de Jacquette d’Espinchal (alias Louise de Coignac), fut mariée par contrat du 19 Octobre 1489. Elle porte par mariage dans la maison de Mornay les terres d’Hardivilliers, de Moison et de Paillard, chatellenie de Breteuil en beauvaisis, et par succession celles de reuilly, de la Bretonnière , de Gravant, de Toligny et de la Malmaison sise en forêt d’Orléans.  Ils eurent entre autres enfants :

1. Jacques qui suit ;

2. et Jean, Baron de la Chapelle , auteur de la branche des Srs de Lu.

4. Jacques de Mornay, Sr d’A. & d’Omerville, Grand Louvetier de France (mort en 1550) épousa Madeleine de Pillavoine le 29 novembre 1522, fille de Guillaume, Ecuyer, Sr de Villarceaux, & de Marie Hamelin. Elle porta à son mari les Terres de Villarceaux, Omerville, Chaussy & Jeufosse, dont elle hérita, à l’exclusion de ses neveux, suivant la Coutume de Senlis ; leur postérité a pris le nom de Villarceaux. Ils eurent entre autres enfants :

5. Nicolas de Mornay, Sr de V., d’A., fils de Jacques, bailli et gouverneur du duché de Berry en 1547,Chevalier de l’Ordre du Roi & Gentilhomme de sa Chambre, qui accompagna Henri II en Lorraine, assista à l’entrée des Français à Metz et à Verdun (1551), aux batailles de Renty (1534) et de Saint Denis (1567) où il fut blessé. Il vivait encore en 1579. Il épousa le 22 septembre 1547 Anne Luillier, Dame de Guérard en Brie, Fille d’honneur de la reine Catherine de Medicis, et d’Eustache seigneur de Birouville et de Marie Ponchère laissant entre autres enfants :

1. Jean, Sr de V. & d’A., Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes du Duc de Retz, qui est mort sans alliance ;

2. Louis, Sr de V., de Chaussy, Omerville, Reuilly, Lieutenant de 50 hommes d’armes des Ordonnances du Roi, puis Capitaine de 30 Lances des dites Ordonnances, par Lettres du 22 janvier 1594, servit le Roi Henri II au siège d’Amiens & en d’autres occasions importantes, mourut le 6 janvier 1618, & fut enterré à Villarceaux. Il avait épousé, par contrat du 27 janvier 1583 Madeleine de Grouche, morte le 24 mars 1629, & inhumée auprès de son mari ; & fille d’Henri, Sr de Grouche & de Gribauval, & de Claude de Girard. Ils eurent entre autres enfant : Pierre ;

3. Antoine, Chevalier de Malte, qui fut fait prisonnier par les Turcs ; il fut racheté par son frère & est mort en 1606 ;

4. Jacques, Sr d’A., qui fut tué en duel au siège de Meulan ;

5. et Jean, auteur de la branche des Srs d’A. & de Jeufosse.

6. Jean de Mornay, Sr d’A., Guérard en Brie, Reuilly, Jeufosse, partagea avec Jacques & Louis de Mornay, ses frères, le 2 janvier 1588, étant alors Conseiller au Parlement de Paris, & le 26 février 1602 il transigea avec Louis de Mornay, sur la succession de ses père & mère. Sa femme fut Guillemette Luce, & les enfants qui suivent, nés avant leur mariage, furent légitimés suivant un acte du 23 avril 1621. Ils eurent :

1. Bertin qui suit ;

2.Léonidas, Sr de Jeufosse, confirmé dans sa noblesse avec son frère aîné & son neveu, par Arrêt du Conseil d’Etat du 3 septembre 1668. Il avait épousé Madeleine du Rolet ;

3. et Françoise qui a épousé par contrat du 1er octobre 1622, Jacques de Biencourt, II ème du nom, Sr d’A., dont elle a été la première femme & a eu postérité ( cf Biencourt ). Elle fut maintenue par Arrêt du Parlement du 26 mai 1623, avec ses frères, dans la possession des biens qui leur étaient échus par la mort de Jean de M., leur père, dont le mariage avec Guillemette Luce avait été confirmé nonobstant l’opposition de Charlotte de M., leur tante, femme d’Emmanuel d’Anglebermer.

7. Bertin de Mornay, Sr d’A & de Jeufosse, qui fut Capitaine aux gendarmes du duc d’Angoulême et Lieutenant aux gendarmes de M. le Prince , pris part aux campagnes d’Artois et de Flandres sous Louis XIII, était à la bataille de La Marfée et fut blessé à Rocroi. Sous la fronde, il était du parti des princes. Donc il servit l’espace de 12 ans, et se trouva aux sièges de Corbie, Landrecies, Hesdin, Gravelines & Mardick, combattit à la tête des Gendarmes du Duc d’Angoulême, à la bataille de Sedan & à celle de Rocroi, où il fut blessé d’un coup de mousqueton, à travers la cuisse, en commandant la Gendarmerie , après la mort du Sieur de la Bise , Lieutenant des Gendarmes de M. le Prince, qui avait été tué au commencement de l’action. Il avait épousé, le 26 décembre 1623 Madeleine de Hazeville, fille de Jean, Sr de Gadencourt, Lieutenant de la Compagnie de 100 hommes d’armes de la Reine Catherine de Médicis, & de Madeleine Puchot de Gerponville. Ils eurent :

1. François qui suit ;

2. Jacques, Sr de Rosse-Fontaine qui s’est allié avec Marie de Saint-Just, veuve du Sieur de Chaudry

3. Pierre, Mousquetaire du Roi, dans sa seconde Compagnie ;

4. Autre Pierre, dit le Jeune, rapporté après son aîné ;

5. Roger, mort à l’âge de 12 ans ;

6. Madeleine qui épousa Pierre de Caradas du Héron ;

7. Charlotte, morte Religieuse novice dans l’Abbaye des Hospitalières de Vernon ;

8. 9. & 10. 3 filles mortes au berceau ;

11. & 12. Jeanne & Françoise : la première était religieuse de l’Ordre de Saint Benoît, au Prieuré de Villarceaux.

8. François de Mornay, Sr de Touligny & d’Avernes, Guidon des Gendarmes d’Angoulême, épousa le 8 juin 1658 Marguerite de Hazeville, dame de Gadencourt, la cousine germaine, fille de David de Hazeville, Sr de Gadencourt, & de Marie de Valois, fille naturelle de Charles de Valois, Duc d’Angoulême & d’Elizabeth de Crécy. Leurs enfants :

1. Charles, Sr de Théméricourt ;

2. François-Jacques mort au berceau ;

3. René, Capitaine de Grenadiers au Régiment d’Anjou en 1704 ;

4. Louis-Félix, Capitaine de Vaisseau, épousa le 21 mai 1699 Marguerite de Cacqueray, fille de Louis & de Catherine de Saint Ouen ;

5. Madeleine-Léonide ;

6. &7. Marie-Madeleine & Françoise-Placidie, sœurs jumelles, baptisées en la Paroisse Saint Denis de Montreuil le 25 octobre 1672, reçues aux Demoiselles de St Cyr, dans le Parc de Versailles, au mois de novembre 1687.

8. et Marguerite-Madeleine-Christine, baptisée dans l’église de St Gatien d’A. le 26 février 1673 & reçue à St Cyr en novembre 1687.

9. Pierre de Mornay ( 4ème fils de Bertin & de M. de M. ), fut Capitaine dans le Régiment de Normandie, puis Commandant dans la Tour de Toulon, & alla s’établir au Ruë-Jacquier, Paroisse d’Igny, à deux lieues au-delà de Dormans. Il épousa Michelle Vanheuze, à laquelle il donna une procuration générale le 13 septembre 1673. Leurs enfants :

1. René qui suit ;

2. Bertine-Léonide-Madeleine, née le 19 décembre1673 reçue à St Cyr en 1690 ;

3. et Renée-Françoise-Hélène, née le 18 mars 1675, aussi reçue à St Cyr en 1690.

10. René de Mornay, né au château d’Ambleville, n’avait que 6 ans lorsqu’il fut conduit en Champagne par son père. Il fut d’abord Officier dans le Régiment du Roi, Infanterie, ensuite mousquetaire dans sa seconde Compagnie, & est mort le 14 avril 1743. Il avait épousé, le 2 septembre 1731, Françoise le Maistre, fille de François, ancien Procureur du Roi en la Connétablie & Maréchaussée de France, à la Table de Marbre du Palais à Paris, & d’Anne de Pomme de Plainville. Leurs enfants :

1. Anne-René, né le 24 avril 1743, 10 jours après la mort de son père.

2. Anne-Eléonore-Françoise née le 9 octobre 1737

3. et Angélique-Colombe-Adélaïde, née le 2 mai 1739

(Nous ignorons l’état de cette branche faute de Mémoires )

 

Branche des Srs de Marsilly, Guibermesnil, d’A., Barons de Saint Just & du Guérard en Champagne :

1. Jacques de Biencourt, II ème du nom, Chevalier, Sr d’A., Baron de Guérard, avait épousé 1° par contrat du 1er octobre 1622, Françoise de Mornay, fille de Jean, Chevalier, Sr d’A., de Guérard en Brie, Reuilly, Jeufosse, & de Guillemette Luce ; & 2° le 20 janvier 1630 avec Jacqueline-Guillaume de Margangis. Du premier lit :

1. Charles de Biencourt, Sr de Foissy, qui épousa le 29 novembre 1647 Edmée de Tremelet, fille de Jean-Edme, Chevalier, Sr de Gumery, & de Marie de Raoul

Généalogie des Mornay, héritage d'Ambleville

1- Guillaume de Mornay, chevalier en 1262 d'où

2- Jean sire de Mornay, chevalier en 1300, rend hommages de la seigneurie de St Cyr au Comte de Blois, épouse Isabeau de l'Isle, dame de la Ferté Nabert et de la Ferté Hubert

3- Jean II de Mornay, seigneur de la Ferté Nabert et de la Ferté Hubert en 1350, chevalier, chabellan du duc de Bourgogne 1385, enterré à Notre Dame de Cléry, épouse Jeanne de Melun, fille de Simon, maréchal de France

4- Pierre de Mornay, seigneur de la Ferté Nabert et de la Ferté Hubert , chevalier, conseiller et chambellan du Roi, épouse Jeanne de Vendôme

5- Bouchard de Mornay, Seigneur de Saint Germain sur Indre, de La Ferté Nabert , des Roches, écuyer d'écuries du duc d'Orléans en 1404, épouse Jeanne des Essars, dame d'Ambleville... fille de héritière de Julien des Essars, seigneur d'Ambleville, de Boucheville et de Farcheville et d'Isabeau de Vendôme.

6- Charles de Mornay, seigneur d'Ambleville, de Villiers, Achères... Il passa le 23 mai 1433 avec sa seconde femme Bonne de La Viefville , une procuration à Gilbert, bâtard de Mornay, seigneur en partie de La Ferté Nabert et eut de la succesion de sa mère Jeanne des Essars la terre d'Ambleville

 

De Magdelaine de MORNAY de Montchevreuil à CHARLEMAGNE
généalogie

Magdelaine de MORNAY de Montchevreuil et Jean LE MARINIER
x Avant 1566

Pierre de MORNAY et Magdelaine ALLEGRIN
Seigneur de Montchevreuil

Guillaume de MORNAY et Perrone CHENU
Seigneur de la Chapelle en Vexin et de Montchevreuil

Jean de MORNAY et Catherine de FOUILLEUSE
Seigneur de Buhy, de Boisemont, de Pommereuil et de la Chapelle-la -Reine

Charles de MORNAY et Jeanne de TRIE
Seigneur de Villiers, d'Achères, de la Chapelle-la -Reine, d'Ambleville

Bouchard de MORNAY et Jeanne des ESSARS
Seigneur de Saint Germain sur Indre

Pierre de MORNAY et Jeanne de VENDOME
Chevalier, Seigneur de la Ferté-Nabert etc...

Jean II de MORNAY et Jeanne de MELUN
Seigneur de la Ferté-Nabert

Jeanne de MELUN
fille de
Simon de MELUN et de Marie de LA SALLE et de VIEZVY
Seigneur de la Loupe et de Marcheville, maréchal de France

Adam III de MELUN et Comtesse de SANCERRE
Vicomte de Melun

Comtesse de SANCERRE
fille de

Etienne de SANCERRE et Eléonore de SOISSONS
Seigneur de Chatillon sur Loing

Eléonore de SOISONS
fille de

Raoul III de NEELLE et de Alix de DREUX
Comte de Soissons

Alix de DREUX
fille de

Robert 1er le Grand et Edwidge de SALISBURY
Comte de Dreux

Louis VI le Gros et Adélaïde de SAVOIE
Roi de France de 1108 à 1137

Philippe 1er et Berthe de HOLLANDE
Roi de France de 1060 à 1108

Henri 1er et Anne de KIEV
Roi de France de 1031 à 1060

Robert II le Preux et Constance d'ARLES

Roi de France de 996 à 1031

Huguet CAPET et Adélaïde d'AQUITAINE
Roi de France de 987 à 996


Historique de la conservation :

Les archives de la famille de Mornay étaient autrefois conservées au château de Montchevreuil (Oise), qui appartenait aux descendants de Pierre de Mornay-Buhy, frère aîné de Philippe du Plessis-Mornay. Le mariage de Jules de Mornay et d’Hortense Soult provoqua l'apport des papiers du duc de Dalmatie.

Armes : Burelé d'argent et de gueule au lion morné de sable, couronné d'or, brochant sur le tout. Ces armes sont peintes au plafond de la chambre de Philippe de Mornay et dans la grande galerie des portraits du 1er étage du château d'Ambleville.

Philippe de Mornay , seigneur du Plessis-Marly , dit Duplessis-Mornay

Homme d'État français (Buhy, Val-d'Oise, 1549 ̵ La Forêt-sur -Sèvre, Deux-Sèvres, 1623).

Issu d'une famille de noblesse ancienne du Berry, Duplessis-Mornay fut l'un des principaux propagandistes français de la religion réformée, au point qu'on le surnomma «le pape des huguenots». Proche de Gaspard de Coligny, il échappa de justesse à la Saint-Barthélemy (1572). Combattant dans le parti du duc d'Anjou, il fut blessé lors de la guerre des Malcontents (1576), et devint ensuite le principal conseiller d'Henri de Navarre, qui lui confia diverses missions politiques et diplomatiques.

Un polémiste fécond

Son activité de polémiste fut dès lors très importante. Duplessis-Mornay était opposé à l'usage de la force pour trancher les questions religieuses (Remontrances aux états de Blois, 1576 ; Discours sur la permission de liberté de religion dite Religionvrede au Païs-Bas, 1578), et fut donc l'un des auteurs du parti des politiques. On lui attribue le Vindiciae contra Tyrannos, dirigé contre l'arbitraire royal, paru sous le pseudonyme de Junius Brutus en 1579.
Il eut à plusieurs reprises des entrevues avec Henri III ; le roi le chargea notamment de réfuter la filiation des Guise avec Charlemagne, par laquelle certains justifiaient la prétention de ceux-ci au trône de France. Duplessis-Mornay composa en 1584 le Discours au roi Henri III sur les moyens de diminuer l'Espagnol, qui plaide à la fois pour la défense du protestantisme et le service du roi légitime par les huguenots, à un moment où la crise de succession ouverte par la mort de François d'Anjou entrait dans sa phase critique.

Le soulèvement ligueur entraîna Henri III du côté des Guise, au désespoir de Duplessis-Mornay, qui tenta toujours de concilier les points de vue du roi de France et du roi de Navarre. Il fut ainsi l'auteur des manifestes de Montauban (1er janvier 1586), adressés aux trois ordres et à la ville de Paris, qu'il invitait à reconnaître Henri IV comme légitime successeur d'Henri III. Après l'assassinat des Guise à Blois (1588), il fut l'un des artisans des entrevues et du rapprochement entre les deux rois, tout en continuant à promouvoir une solution politique (Lettre du roi de Navarre aux trois états du royaume, 1589).

Déçu par Henri IV

Après l'assassinat d'Henri III, Duplessis-Mornay vit son influence sur Henri IV diminuer sensiblement. Il craignait que la conversion d'Henri IV au catholicisme ne le conduisît à abandonner la cause protestante, et, après l'abjuration solennelle à Saint-Denis (25 juillet 1593), il composa sa Lettre de M. Duplessis au roy, dans laquelle il rappela les doléances et attentes des réformés. Il se montra partisan de la dissolution du mariage du roi avec Marguerite de Valois en vue de son remariage avec sa favorite, Gabrielle d'Estrées. Son rôle s'amoindrit dès lors, Henri IV suivant une autre voie.

Henri IV, roi de France et de Navarre
En 1598, il fit paraître De l'institution, usage et doctrine du Saint Sacrement de l'Eucharistie, dirigé contre la messe ; à la suite de la publication de cet ouvrage, Henri IV l'invita à un colloque à Fontainebleau contre l'évêque d'Évreux, Jacques Davy Du Perron ; Duplessis-Mornay y fut vaincu par l'orateur catholique (1600).

Il ne renonça pourtant pas à son idée de concorde entre les religions romaine et réformée, puisqu'il composa, en 1600, un traité intitulé Concile national. Il fut en outre l'auteur de Traité de l'Église (1578), Traité de la vérité de la religion chrétienne (1581), Institution, visage et doctrine de l'eucharistie (1598), Traité de l'eucharistie (1604) ; il a laissé des Mémoires publiés après sa mort (1624-1625). Sa femme, née Charlotte Arbaleste, qu'il avait épousée en 1576 et qui mourut en 1606, a également laissé des Mémoires qui traitent de l'activité politique de son mari.

Il avait reçu l'abbaye de Clairac de la reine Marguerite de Valois, et jouissait donc de ses revenus. Il fut également gouverneur de Saumur.

La plus célèbre représentation de Duplessis-Mornay émane de Léonard Gaultier, le portraitiste de tous les grands personnages de son temps. Préparé par un dessin de 1607, cette gravure exécutée d'un burin énergique est publiée en 1611, quand Duplessis-Mornay est dans sa 62 ème année.

On ne saurait garantir l'exactitude de la figuration, car l'artiste donne à tous ses modèles un certain air de famille.

1) Un humaniste de la Renaissance Duplessis-Mornay nous est bien mieux connu par ses écrits. Ceux-ci révèlent d'abord l'étendue de son savoir et de sa culture. Il a pratiquement suivi le programme d'études proposé par Gargantua pour Pantagruel. Il parle et il écrit le latin classique, comme s'il s'agissait de sa langue maternelle ; il maîtrise le grec et l'hébreu. Il manie avec aisance l'allemand et il se fait comprendre en néerlandais, en anglais et en italien.

Il semble connaître la Bible par coeur ; ses écrits révèlent un vaste savoir historique et géographique, tourné d'abord vers l'Antiquité, mais il connaît aussi fort bien l'Europe de son temps, qu'il a visitée, et il entretient une correspondance suivie avec d'importants personnages des pays voisins. Son intérêt se porte aussi sur l'ensemble du Bassin méditerranéen et il se lance parfois dans des considérations de stratégie mondiale, s'intéressant aux diverses tentatives d'implantations françaises sur les côtes américaines et invitant en 1584 le roi Henri III à s'emparer des riches îles Moluques ( actuellement en Indonésie ), afin de contrecarrer la puissance maritime des Espagnols.

2) Un orateur latin Quand il rédige des traités ou des proclamations en français, Mornay démarque le style des orateurs latins : longues périodes au balancement savant, formules abstraites, rythmes ternaires. Il ne sait guère faire court, mais il se révèle un habile propagandiste, faisant à l'occasion circuler des déclarations imaginaires et construisant une image séduisante d'Henri de Navarre.

Sa correspondance, en général dictée, est plus naturelle, et parfois alerte. Cependant sa langue demeure archaïque. Ses échanges épistolaires avec Henri IV mettent en évidence le contraste avec les formules primesautières et imagées du prince méridional.

3) Un grand seigneur De moeurs austères, Duplessis-Mornay s'habille de couleurs sombres et certains portraits le représentent portant autour du cou une fraise qui était depuis longtemps passée de mode. Il n'avoue qu'un seul péché de gourmandise, son goût pour les melons, qu'il cultive dans les jardins du château.

Cependant, il estime qu'un lieutenant général du roi doit mener grand train de vie, doit recevoir princièrement ses hôtes et s'entourer d'une sorte de cour. Il réunit autour de lui sa nombreuse famille et des personnes apparentées ; deux secrétaires en permanence, parfois trois ; des conseillers qui font des apparitions intermittentes et qu'il envoie en mission ; parmi eux, le pasteur Jean Daillé, qui est son expert en théologie, le précepteur de ses petits-enfants et, à l'occasion, son documentaliste et son secrétaire ; un notaire qui gère ses finances particulièrement embrouillées ; quelques domestiques, des cuisiniers et le jardinier du château.

Outre ses subordonnés militaires, le gouverneur est accompagné par un écuyer ; par quelques pages, dont les frères Ibora et Atoupa, deux jeunes indiens ramenés d'Amérique et qui, d'après son premier testament, sont libres de retourner au-delà des mers ; par un capitaine des gardes, Mathieu Georges, dit La Roche , assisté par un sergent et quelques cerbères, qui l'encadrent en permanence dès qu'il sort du château ( il se rend au temple en passant par le chemin de ronde couronnant les remparts ; en ce siècle d'assassins, il a de bonnes raisons d'être circonspect, car on connaît au moins quatre attentats dirigés contre sa personne, ainsi qu'une probable tentative d'empoisonnement ).

Duplessis-Mornay s'attache aussi, au moins pendant un temps, les services d'un peintre particulier, Rodolphe Anspach, qui exécute des portraits de personnages célèbres et qui dirige la décoration de la galerie du château.

Même s'il ne se fait pas appeler " Monsieur du Plessis ", le gouverneur de Saumur est fier d'appartenir à une famille de la noblesse, ordre qu'il entend maintenir au premier plan - à la place du clergé. Il fait timbrer de ses armes de nombreux registres et surtout ses ouvrages. Pour ceux que le charabia de l'héraldique intéresse, ses armoiries sont « fascelées d'argent et de gueules de huit pièces, au lion morne de sable, couronné d'or, brochant sur le tout ». Ci-contre, armes portées sur le plat de son ouvrage " De l'institution ... de l'Eucaristie ", publié chez Thomas Portau en 1604.

Sa devise exprime bien mieux sa mentalité : « arte et marte - par le talent et par le combat ».

4) Un fort sentiment d'appartenance nationale Quelques historiens réputés continuent d'affirmer que les Français ne se sont constitués en nation qu'au XIXe siècle, avec les chemins de fer, l'école et la guerre 14-18. Au contraire, la réconciliation nationale réussie par Henri IV témoigne des progrès de l'unification du pays. Duplessis-Mornay a été tenté d'émigrer au Canada, il s'est vu offrir des fonctions importantes en Hollande et en Angleterre, il reste au service de ses rois successifs, non par un attachement vassalique de type médiéval, mais en se référant constamment à une conscience nationale.

C'est le thème qu'il met en avant dans les proclamations qu'il rédige au nom d'Henri de Navarre. Après l'assassinat du roi, il s'adresse ainsi le 19 mai 1610 à l'Assemblée générale des habitants de Saumur : « Qu'on ne parle plus entre nous de huguenot ni de papiste ; ces mots sont deffendus par nos édicts... Quand il n'y auroit point d'édict au monde, si nous sommes François, si nous aimons nostre patrie, ...ils doibvent désormais estre effacés en nos âmes... Qui sera bon François me sera citoyen, me sera frère... ».

5) Le pape des Huguenots Protestant convaincu et militant, le gouverneur de Saumur devient le maître à penser des Huguenots français. Pour autant, peut-il être classé au rang des théologiens ? A cette époque, de vives discussions opposaient les adhérents de la Réforme , les partisans de Gomar insistaient sur la prédestination absolue, les partisans d'Arminius insistaient sur la liberté de l'homme. Duplessis demande à Gomar de venir enseigner à l'Académie de Saumur, mais la majorité des enseignants qu'il y installe sont arminiens. Il n'entre donc pas dans ces débats et ne développe pas d'argumentation personnelle. On peut donc difficilement le considérer comme un théologien, mais plutôt comme un prosélyte, un vulgarisateur qui diffuse inlassablement les grands thèmes communs à tous les réformés.

6) Un controversiste

Alain-Gilbert GUEGUEN, « Duplessis-Mornay et l'Histoire véritable », Bull. de la Soc. de l'Histoire du Protestantisme français, av.-juin 1990, p. 209-218. Il croit en la puissance de l'écrit, il est convaincu que des raisonnements solidement charpentés vont entraîner l'adhésion de tous les lecteurs, et pas seulement des lecteurs convaincus d'avance.

Par exemple, il publie en 1607 un Advertissement aux Juifs sur la venue du Messie, en 232 pages. Il s'est fortement documenté, se référant à Maïmonide, au Zohar, produisant de nombreuses citations en hébreu et parfois même en yiddish... Cette ardeur de convaincre, cette croyance en la force de la raison témoigne d'une candeur touchante.

Vis à vis des catholiques, il croit possible une réunification religieuse qui sortirait d'une discussion loyale. Il se montre constamment favorable à la réunion d'un concile national, qui jetterait les bases d'une église gallicane ( il accepterait d'importantes concessions, à la condition qu'elle soit indépendante de Rome ).

La controverse publique, exercice à la mode en ce temps, il va la pratiquer dans des condition défavorables. En 1598, il avait publié son Traité de l'Eucharistie, qui est probablement son ouvrage le plus savant et qui s'appuie sur un appareil critique d'environ 5000 références, à la fois historiques et théologiques. Cette attaque contre la messe catholique provoque de multiples répliques : un capucin, le Père Sylvestre de Laval, vient à Saumur prêcher contre l'ouvrage ; Jacques du Perron, évêque d'Evreux et fils de pasteur, affirme y avoir relevé cinq cents énormes faussetés. Duplessis-Mornay accepte une confrontation avec l'évêque, mais celle-ci se déroule à Fontainebleau, en mai 1600, devant un public hostile, sous la direction de six arbitres, quatre catholiques et deux protestants. Finalement, neuf passages seulement sont examinés et deux erreurs d'interprétation retenues. Ces minces résultats suffisent au parti catholique pour crier victoire et faire chanter un Te Deum. Dans cette affaire, Henri IV a manqué de loyauté et a consciemment sacrifié son vieil ami.

De multiples ouvrages évoquent cette controverse, parfois sous une forme allusive. Ainsi, le capitaine Bruneau, sieur de Rivedoux, dédie à son ancien commandant, Duplessis-Mornay, son Histoire véritable de certains voïages perilleux et hazardeux sur la mer..., publiée chez Thomas Portau, encore installé à Niort. Ce récit d'aventures maritimes présente sous une forme allégorique les combats que livre le gouverneur de Saumur.

7) La polémique, mais pas la guerre Duplessis-Mornay évite désormais ces joutes stériles, mais il rédige des traités au ton de plus en plus vif. En 1611, il publie à Saumur Le Mystère d'Iniquité, où sur 644 pages in-folio, il dénonce l'évolution de la Papauté pour conclure que le pape est l'Antéchrist. Le livre est condamné par la Sorbonne et suscite des polémiques à rebondissements, ainsi que des arrestations de libraires. Duplessis-Mornay n'a nullement tenu compte d'un contexte politique qui déconseillait cette publication.

Telle est sa position invariable en matière de religion : il est pour le libre débat, même vif, mais il est contre la guerre et contre la contrainte. Il affirmait déjà en 1578 : « la religion veult estre preschée et non forcée, l'idolâtrie combattue par la parole de Dieu, et non abbattue par les marteaux des hommes ». Constamment, il a déconseillé aux protestants les prises d'armes, affirmant qu'une paix tolérable vaut mieux qu'une guerre, si avantageuse soit-elle.

A l'époque où Henri de Navarre, encore huguenot, remportait des succès militaires le rapprochant du trône, Mornay rédigeait en son nom la célèbre Lettre aux trois états de ce royaume, où il promettait aux catholiques la liberté de conscience et des garanties protégeant les minorités. C'est ce qu'il exige et obtient à son tour pour les protestants au cours des négociations préparant l'Edit de Nantes.

Admirateur de Michel de l'Hospital et admiré par Turenne, Duplessis-Mornay s'oppose à toute contrainte en matière de religion. Dans sa politique nationale et compte tenu du climat de l'époque, il mérite d'être classé dans le petit groupe des partisans de la tolérance.

En est-il de même à Saumur, où, selon les dires du ligueur Jean Louvet, le gouverneur aurait abusé de ses pouvoirs ?

8) Le persécuteur des catholiques saumurois ?

1°- En juillet 1596, le curé de Saint-Maurille des Ponts-de-Cé conduit ses ouailles en pèlerinage aux Ardilliers, en passant par la levée. A l'entrée de la ville, au poste de la bastille, les soldats aux ordres de Duplessis-Mornay ordonnent que la bannière soit pliée et la croix cachée. Les pèlerins vont finalement traverser la Loire au port de Villebernier.

En cette affaire, l'attitude du gouverneur est parfaitement logique ; en cette période où les guerres religieuses restent menaçantes ( beaucoup pensaient que l'Edit de Nantes en cours de négociation ne serait qu'une trêve passagère ), toute manifestation triomphaliste de l'un ou l'autre camp devait être proscrite, notamment celle-ci, qui avait l'allure d'une procession de la Ligue.

2°- Lors du prêche du 13 janvier 1602, deux jeunes gens inconnus attirent l'attention des gardes du corps de Duplessis. Arrêtés, ils affirment qu'un religieux de l'ordre des Barnabites, Anastase de Vera, les a soudoyés pour attenter à la vie du gouverneur. Le moine est condamné à être pendu et étranglé sur la place de la Bilange pour crime d'assassinat, mais aussi de sodomie, pratique qu'il présentait aux jeunes gens comme « ordinaire, mesme à Rome entre les cardinaux ». Ensuite, sa tête a pourri pendant de longs mois, accrochée au-dessus de la porte du Bourg... Un jeune homme est condamné aux galères perpétuelles, l'autre banni à vie. Telle est la justice expéditive du temps. Madame de Mornay regrette même que la question préalable n'ait pas été appliquée au moine, car, selon elle, les juges redoutent de découvrir des inspirateurs lointains de cette entreprise.

En cette affaire, on ne peut guère accuser Duplessis-Mornay de machination ( il n'avait d'abord pas cru à l'attentat ). D'après les deux pièces de procédure qui nous sont parvenues, le tribunal de la Sénéchaussée comprenait sept catholiques et deux protestants ; l'affaire a été instruite par deux ardents catholiques. Seul un point juridique mériterait examen : l'officialité d'Angers avait demandé qu'on lui remette deux des accusés, qualifiés de " pauvres religieux ", et relevant donc d'un tribunal ecclésiastique. Cependant, si ces moines étaient gyrovagues, c'est-à-dire détachés de tout lien avec un couvent, relevaient-ils encore d'une juridiction spéciale ? Or, le moine de Vera ne portait pas de tonsure.

3°- Duplessis-Mornay cherche à limiter l'installation des nouveaux ordres religieux . Il parvient à empêcher la venue de prédicateurs jésuites, ces « assassins ordinaires des princes », selon sa formule. Mais c'est son seul succès ; fortement aidées par l'autorité royale, par l'abbesse de Fontevraud et par l'assemblée des habitants, de nombreuses implantations nouvelles ont lieu. Le gouverneur est particulièrement furieux contre la venue des Oratoriens et des Ursulines, qui s'occupent d'éducation de la jeunesse.

4°- Comme ses coreligionnaires, Mornay est fort hostile au pèlerinage à Notre-Dame des Ardilliers, que son épouse surnommait " la teigneuse ", car on lui attribuait le pouvoir de guérir la maladie évoquée. Dans les miracles qu'on proclame à grand bruit, il voit, à juste titre, une machine de guerre contre la religion réformée et, comme Agrippa d'Aubigné, il soupçonne de grossières machinations.

En tout cas, en 1594, il fait arrêter et interroger Laurent François, qui se proclame miraculeusement guéri d'un mal aux genoux. Mais ce dernier est au service d'un maître influent, Parabère, le gouverneur ( protestant ) de Niort, qui obtient sa libération. En tout cas, Laurent François ne figure pas dans les listes officielles de miraculés. Ce type d'intervention permet aux polémistes catholiques de reprocher au gouverneur d'exercer « toutes sortes de cruautez impunement contre les pauvres Catholiques ». Avec une évidente exagération.

Au total, Duplessis-Mornay tient la ville d'une poigne un peu rude, mais c'est sans doute nécessaire pour éviter l'explosion de passions promptes à renaître. Pendant vingt ans, il a maintenu une coexistence pacifique - les plus pessimistes diront " une guerre froide ", pour reprendre la formule de Richelieu - entre les deux religions locales concurrentes.

9) Un moraliste intransigeant

Abel LEFRANC, La vie quotidienne au temps de la Renaissance , 1938, p. 32-33.

B.N.F., coll. Dupuy, 349, fol. 44 Mornay est probablement plus tatillon pour son camp que pour les catholiques. Volontiers sermonneur sur le fait de la morale, il s'érige en mentor d'Henri de Navarre ( qui n'est que de quatre ans son cadet ). En 1583, il lui propose un règlement de vie qui le transformeraient en un modèle de prince chrétien :

« Le roi de Navarre pourrait être habillé à huit heures au plus tard et aussitôt commander au ministre réformé de s'y trouver pour faire la prière... ». La journée se termine par une autre prière. Lourde tâche que d'imposer au " Vert Galant " ce programme de vie monacale !

Mornay revient à la charge l'année suivante : « Pardonnés encore ung mot à vos fidèles serviteurs, sire. Ces amours si découverts, et aulxquels vous donnés tant de temps, ne semblent plus de saison ». La belle Corisande ( qui est catholique ) est ici visée.

On le voit, Duplessis-Mornay n'est pas un conseiller servile, il n'écrit des lettres de courtisan que lorsqu'il s'agit d'obtenir des places pour son fils ou pour ses gendres. Autrement, quel que soit le rang de son correspondant, son ton est ferme et totalement imperméable à l'humour. Il dénonce en termes vifs les nobles de son camp qui sont prêts à prendre les armes pour des motifs futiles ou prêts à changer de religion pour des places lucratives. Par exemple, l'un d'eux vient de publier un ouvrage d'inspiration catholique, il lui assène dans une lettre : « J'ay leu vostre livre et non sans horreur d'un changement si monstrueux, mais certes avec encore plus de pitié de la misère de l'homme, de la vostre particulière, de laquelle je ne peus esteindre mon sentiment, tandis que je me veux persuader qu'il vous en reste... » Et il signe : « Celuy qui vous a honoré, et aime plus vostre salut que vous memes ».

Il ne compte pas que des amis au sein du parti protestant. A Sully, il reproche son carriérisme ; les deux vieux chefs - et rivaux - se détestent. Agrippa d'Aubigné ne l'apprécie guère et l'égratigne parfois au passage.

Au début du XVIIe siècle, Duplessis-Mornay, figé dans une attitude rigide, fait figure d'homme d'un autre temps.

Château de BUHY

Le premier seigneur de ce fief dont on trouve trace dans les documents écrits est un certain chevalier de Buis, compagnon de Guillaume le Bâtard1. Puis sont cités, vers 1116, Robert de Buhui et son fils lors d'une donation au profit de l'abbaye Saint-Martin de Pontoise. C'est ensuite la puissante famille de Trie qui succéde aux Buhy vers le milieu du XIVème siècle en la personne de Renaud de Trie, amiral de France et chambellan du roi. Son fils Jacques lui succéda jusqu'à son décès en 1432 et le domaine revint à une de ses filles, Jeanne de Trie. Celle-ci épousa en 1449 Charles de Mornay seigneur d'Ambleville qui devint ainsi également seigneur de Buhy. De tous les membres de la famille de Mornay qui possédèrent ce fief, le plus célèbre reste Philippe né le 5 novembre 1549 à Buhy (fils de Jacques Mornay et Françoise de Bec-Crespin, fille d'un vice-amiral de France), connu sous le nom de du Plessis-Mornay (il hérite en effet de la petite seigneurie du Plessis-Marly par une grande-tante maternelle). Echappant de peu aux massacres de la Saint-Barthélemy , il rejoint le parti du duc d'Anjou (futur Henri III4). Conseiller politique d'Henri de Navarre (futur Henri IV), gouverneur de Saumur et grande figure du protestantisme, il fut surnommé le pape des Huguenots. Buhy fut ensuite détenu par son neveu, Pierre de Mornay puis par Marie de Mornay, dite Mademoiselle de Buhy, issue du mariage de Pierre avec Catherine de Saveuse. A la mort de cette dernière en 1664 la seigneurie revint à l'héritier de du Plessis-Mornay, Philippe de Jaucourt, qui la vendit en 1668 au comte de Broglie et marquis de Brézolles, Victor Maurice, maréchal de France en 1724. Ce dernier mourut au château de Buhy le 4 août 1727, alors âgé de 83 ans. Marie-Françoise, sa fille, épousa Joseph-Robert de Lignerac de Caylus qui devint ainsi propriétaire du domaine.

Le château de Buhy, reconstruit par du Plessis-Mornay et dont le duc de Caylus était le propriétaire en 1832, fut définitivement démoli en 1842. C 'était un vaste bâtiment à l'architecture lourde comprenant au rez-de-chaussé une salle d'armes, dans la cour un temple ("le prêche aux huguenots") fermé après la révocation de l'édit de Nantes et à l'extérieur un vaste parc planté d'une futaie et de nombreuses charmilles (allées bordées de charmes). Ce dernier, débarrassé des ses ornements et de son bois est, depuis la démolition du château, exploité pour la culture. C'est au château de Buhy qu'eut lieu une conférence pour la paix entre les représentants d'Henri IV et ceux du duc de Mayenne, le chef de la Ligue , après la bataille d'Ivry.