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Jardins et châteaux autour de Paris

Les cabinets d'Ambleville du salon des cuirs et leur histoire au XVIIème siècle
Olivier Coutau-Bégarie

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Les cabinets du château d'Ambleville :
Cabinet d'ébène "Chars de Neptune et Pluton ", Paris circa 1640
Cabinet d'ébène de "Procris et Céphale" par Pierre Gole, Paris circa 1645
Cabinet d'ébène "La chasse du sanglier de Calydon ", Paris circa 1640
Cabinet d'ébène "Mucuis et Porsenna" du marquis de Nonant par Jean Armand, Paris circa 1640
Cabinet à secrets, ivoire et scagliola, Rome circa 1650
Cabi
net en pierres dures et Jaspe. Rome, vers 1620
Grand cabinet d'ébène dit du "Baptème"

D'autres cabinets et autres collections
Cabinet marqueterie de fleurs et oiseaux, Pierre Gole Paris circa 1650
Cabinet par Christoph Angermair, Munich, circa 1650
Cabinet d'écaille, Anwers circa 1640

Cabinet en bois noirci "Martyr de Saint Etienne" , Paris circa 1625
Cabinet en laque et nacre, Japon, Momoyama circa 1580-1600
Cabinet en laque noir et or, Japon XVIIIème
Cabinet marqueterie, Allemagne, Augsbourg circa 1640
Cabinet de la chasse, Tyrol, Insbruck vers 1620
Cabinet marqueterie Boulle, Paris circa 1660
Cabinet par Melchior Baumgarnter, ébène et écaille Augsbourg circa 1660
Cabinet en ébène et argent, Allemagne circa 1650
Cabinet en ébène et broderies, Anvers circa 1650
Cabinet en bois noirci et peintures sur cuivres doré,
Allemagne circa 1650
Le cabinet de Saint Denis, Paris circa 1630.
Cabinet burgots, Japon, Namban vers 1650
Cabinet d' ébène, Italie vers 1640
Cabinet marqueterie de paille, Allemagne du Sud, vers 1650
Cabinet en ébène et argent. Anwers vers 1650
Cabinet en ébène. Naples vers 1630
Cabinet par Johann Puchwiser, Munich vers 1700

Cabinet en palisandre et ivoire. Naples, vers 1650.
Cabinet Coffre en ébène Augbourg 1650
Cabinet marqueté, attribué à Pierre Gole, Paris vers 1645-50
Cabinet par Georg Bockshütz, Allemagne du sud vers 1580

Bibliographie, documentation des cabinets d'ébène
Les gravures des cabinets vers 1655, 1660
Les cabinets de l'exposition "Louis XIV, faste et décors" Louvre, Musée des Arts Décoratifs, mai 1960
Les cabinets de l'exposition "Un temps d'exubérance" Grand Palais juillet 2002
Les cabinets attribués à Pierre Gole
Inventaire des cabinets du Roi Louis XIV
Les ventes des cabinets du Garde-Meuble Royal au XVIIIème siècle
Le mobilier XVIIIème orné des plaques en piétra dura de Louis XIV
Inventaire après décès en 1661 des cabinets du Cardinal Mazarin
Inventaire après décès en 1661 d'Henriette d'Angleterre, femme de Monsieur
Inventaires des cabinets d'ébène dans les musées, châteaux et vente publique
Comparaison des principaux cabinets d'ébène
Les cabinets du château d'Ambleville...

Le cabinet d'un amateur au XVIIème et XVIIIème siècle.
Les coffrets du XVIIème au XIXème
Les écritoires du XVIIème au XIXème
Les écrins du XVIIIème et XIXème
Les livres aux armes
Les émaux XVIIème
Objets de curiosité XVIIème et XVIIIème
Sciences et techniques XVIIIème
Jeux anciens
Sculptures anciennes, vases antiques
Joyaux royaux et pierres anciennes
Ivoires XVIIIème et XIXème
Boutons de livrée, aux armes
Coquillages, minéralogie, pierres
Textiles, broderies du XVIème au XIXème
Argenterie ancienne.
Décorations, ordres de chevalerie

C'est au début un meuble de rangement, puis avec l'évolution de la curiosité, un meuble de "collectionneur" rempli de tiroirs fermant à clef et contenant les curiosités ramenées des voyages dans le monde. Au XVIIème il se transforme en meuble d'apparat affichant le goût et la fortune de son possesseur. On achète un cabinet comme on achète un tableau. Ce meuble de collectionneur trouva naturellement sa place dans les cabinets des palais et châteaux d'où leur nom. Ils étaient fabriqués par des artisans spécialisés qui, pour leur riche clientèle, employaient de nouveaux matériaux tel l'ébène, l'écaille et l'ivoire. L'ébène était un bois très coûteux. Les menuisiers d'Augsbourg marquaient "EBEN" sur leur meuble pour indiquer la différence avec les cabinets en poirier noirci fabriqués à Munich. Ainsi qui disait cabinet d'ébène disait cabinet d'Allemagne, signe de qualité. L'ivoire était utilisé comme l'ébène, en placage d'une épaisseur de plusieurs millimètres. Baumgartner, en 1646 a signé deux cabinets exécutés pour Maximilien de Bavière. En Italie, vers 1550 les cabinets dits"Stipo" en forme de secrétaire sont fabriqués en Lombardie ou à Venise. Ils sont en noyer et comportaient un intérieur imitant les façades d'édifices Renaissance avec de multiples tiroirs et subtils secrets. L'un d'eux, aux armes Farnèse est conservé au Victoria & Albert de Londres.

Un autre cabinet en ébène et ivoire, sans doute allemand, en tout cas très influencé par l'Italie est passé en vente publique le 17 mai 2000, Il était orné de 12 plaques d'ivoire gravées des exploits de Charles Quint d'après les gravures de Dirk Coornhert de 1555. A Naples certains cabinets présentent un décor très similaire. En France l'emploi de l'ébène par ces artisans spécialisés identifia ce nom à leur travail d'où l'ébéniste qui perdura jusqu'à nos jours. C'est le premier meuble plaqué et on peut dire que ce type de cabinet est né en France. Grâce à l'édit de Nantes, les menuisiers en ébène de la religion réformée s'installèrent à Paris où la clientèle était riche et importante. Henri IV avait établi un certains nombre de ces artisans au Louvre ou 27 logements avaient été créés dans la galerie du bord de l'Eau dans le but d' éviter ces importations très coûteuses. Un ébéniste du nom de Laurent Septarbes était spécialiste au Louvre de ces meubles dès 1608, il occupait le quinzième logement, selon Lunsingh Scheurleer, il est considéré comme le premier de ce genre, il est mort en 1624. De même Pierre Boulle, fils de David Boulle est établi dans le logement n°6 . Un autre, l'un des premiers répertoriés, Philippe Boudrilet, menuisier en ébène ordinaire du Roi est établi au faubourg St Antoine en 1635. Sur un tableau de Franken avec un intérieur de cabinet on voit des monnaies, jetons, des coquillages, des papiers, bijoux, orfèvreries, objets de curiosité...
Une gravure de 1638 de Claude du Molinet représente le cabinet de la bibliothèque de Sainte Geneviève, avec les cabinets les uns à coté des autres, vases, peintures et gravures suspendues au dessus, une galerie de portraits en corniche.
(Ci dessous)

De même on peut citer plusieurs menuisiers en ébène à Paris voir le remarquable livre de Daniel Alcouffe, dont : Pierre Baudi, menuisier en ébène au faubourg St Antoine, Jan Bolt, compagnon menuisier de la veuve Senapre, Laurent Felzs, Adriaan Garbrant établi au faubourg St Germain, rue Guisarde, Pierre Gole, établi comme son beau-Père au faubourg St Germain, Jean de Jardeyns, menuisier du Roi en ébène, Jean La Mair, établi rue St Honoré, Pierre Lallemant, Jean Herman, menuisier du Roi en ébène, établi rue des Blancs-Manteaux, Jehan Senapre au faubourg St Honoré, Laurent Septabres, menuisier faiseur de cabinets, Gaspard de Smet, maître ébéniste rue de Richelieu. Le cabinet français, par rapport au cabinet d'Allemagne est destiné à être appuyé contre un mur, il n'est pas plaqué au revers, il s'ouvre par des vantaux, jamais par un abattant, et son piètement est assorti. Sa corniche surmonte une frise qui comporte ou non des tiroirs. L'intérieur comporte au milieu deux portes découvrant un caissson, et de part et d'autre des tiroirs sur cinq ou six rangs. En 1641, on commande à Pierre Lallemant, menuisier en ébène, un cabinet d'ébène avec "une table se tirant par le dedans" ou tout simplement une tirette. Sa mode va durer pendant 50 ans environ. L'ébène sera surplanté par les nouveaux matériaux dont l'écaille vers le milieu du siècle, les bois de couleur et l'ivoire et les pmierres dures. Déjà certains dressoir vers 1650, de l'école de Lyon, avaient un décor de perspective d'architecture Renaissance, d'arcatures et de superposition de colonnes.

Vu le succès et la mode de ces meubles il fallait patienter entre quatre et sept mois selon le modèle commandé.
Les dimensions classiques étaient généralement entre 1m 60 et 1m 80 de large et de autour de 2 m de haut.

Un cabinet d'ébène variait entre 200 livres et 2500 livres , prix considérables, soit aux environs d'un million d'euros, en poirier noirci son prix était ramené entre 50 et 200 livres ; l'ébène, bois exotique coutait tellement cher que Madame le Bugle, cliente de Laurent Lelzt, menuisier en ébène commandait son cabinet en utilisant un poirier de son jardin. A la mort de Pierre Boulle les neuf cabinets de son atelier étaient estimés entre 70 et 240 livres , sa successsion était importante, on peut penser qu'il en avait fabriqué un grand nombre. Parmi ses nombreux concurents il faut citer Jean de Milleville, ébéniste ordinaire de la Reine Anne d'Autriche, il est considéré comme le prédécesseur de Pierre Gole. A sa mort en 1654, il avait huit cabinets d'ébène, dont trois inachevés dans sa chambre, l'un orné de panneaux d'écaille. L'exemplaire le plus précieux était estimé 841 livres , porté par un piètement d'ébène toujours en nombre pair. Pierre Gole arrive à Paris en 1640 et devient l'apprenti d' Adriaan Garbrandt épouse l'une de ses filles et lui succède.
Chaque ébéniste faisait appel à ses graveurs et des sculpteurs. Mais il est prouvé, grace aux archives que certains ébénistes n'étaient pas les auteurs des bâtis. Certains clients demandaient la reproduction d'un cabinet vu chez un parent ou relation.

Vers 1670, une peinture conservée au palais Pitti à Florence représente la marquise de Montespan dans sa galerie du château de Clagny avec deux cabinets , probablement en laque du Japon, semblables à la paire dite du Dauphin, conservée au Louvre.

Daniel Alcouffe, ancien conservateur en chef du département mobilier du musée du Louvre et spécialiste du cabinet, les a classé en trois périodes selon l'évolution de leurs décors. D'abord sur les vantaux, un compartiment octogonal, parfois carré ou polygonal. Si le décor central est sculpté en relief, des compartiments plus petits en réserve, occupent l'espace latéral, bordés de moulures ondées. Les cotés sont gravés. Dans un deuxième temps, la bordure ondée latérale perd de plus en plus son coté d'encadrements important pour un rôle secondaire au profit de la scène centrale. Dans la dernière période la partie sculptée prend le pas sur la partie gravée, le cabinet devient architectural et très"Louis XIV". Le coût devenait de plus en plus élevé car les scènes sculptées prenaient de plus en plus d'importance et l'ébène valait toujours très cher, mais la mode a toujours était là.

Déjà lors dans l'inventaire des meubles du Roi en 1663, on ne trouve plus de cabinet en ébène, ceux-ci étant complètement démodés, tandis que lors de l'inventaire de Mazarin en 1661 parmi les 87 il y en avait plus de 50 en ébène. Lors du décès de la maréchal d'Estrées, née Marie de Béthune il est inventorié rue du Temple, parmi des tapisseries et autres meubles deux cabinets dans la même pièce : dans une chambre joignant la salle haute "item un grand cabinet d'Allemagne d'ébeyne à deux guichets et trois tiroirs garny de son pied de mesme bois prisé quatre cent livres" et en suivant " item un au. moyen cabinet aussy debeyne garny de son pied de mesme bois à deux guichetz et d'une layette coulisse garni de serrures fermant à clef et paint au dedans prisé six vingt livres "

Lors d'un autre inventaire chez un ébéniste du nom de Guillemart en 1687, on remarque"deux vieux cabinets de bois d'ébène noir pour 30 livres ". Sous Louis XV, plusieurs ventes furent organisées par le Garde Meuble de la couronne. La première en 1748, puis deux en 1751 et enfin une dernière en 1752. Ce fut Fontanieu, intendant du garde meuble qui émit cette idée, hélas très néfaste pour notre patrimoine, mais ce qui était démodé à l'époque, ces meubles étaient considérés comme "hors service ou d'usage" et n'intéressaient plus personne.
Parmis les cabinets, on vendit plusieurs fastueux cabinets de Louis XIV, dont un orné de pierres dures de Florence pour 351 livres , somme dérisoire quant au prix d'achat. Un autre cabinet de Boulle d'une suite de trois ornés de miniatures, un autre grand cabinet en marqueterie de fleurs sur fond d'ivoire, vendu avec deux paires de guéridons et deux autres cabinets faits pour exposer les vases en cistal de roche et quelques meubles moins spectaculaires fournis à Louis XIV par Golle et Gaudron. Il est important de noter, que les meubles en marqueterie de Boulle eurent très peu de succès, c'est ainsi que deux bureaux en marqueterie de cuivre et d'étain livrés par Golle en 1677 estimés 55 livres sont vendus 122 livres , mais personne n'enchérit sur un grand cabinet en marqueterie Boulle estimé 81 livres et vendus à la vente suivante avec un bureau du même genre pour 37 livres . Cette vente avait une estimation de 65.894 livres et une adjudication de 139.235 livres . Il faut songer que pendant 20 ans, jusqu'en 1680, 46 cabinets avaient été fabriqués aux Gobelins et livrés à la Couronne et seulement 6 durant la décennie suivante, pour disparaitre vers 1690. La manufacture des meubles de la couronne aux Gobelins sera fermée, conséquences de la guerre de la Ligue. En 1746, il existe au palais du Louvre une pièce, précédant la salle de bal d'Henri II, contenant 80 cabinets et armoires en mauvais état. Ils feront parti des ventes du garde meuble, décidées par l'intendant du garde meuble de Louis XV. Certains seront offerts en présent. En 1751, il y eu deux nouvelles ventes du mobilier "passé de mode " de Louis XIV dont 24 cabinets, 10 tables, 2 pieds de table en bois doré, divers meubles en marqueterie de Boulle, 1 scabellon en ébène, 2 cabinets d'orgues en ébène et un vieux clavecin, l'ensemble fut estimé entre 4419 livres et 6761 livres , la vente rapporta 14628 livres . La presque totalité des acheteurs étaient des marchands ou des ébénistes qui dépecèrent les meubles pour adapter les décors au goût du jour, comme Dubois, ébéniste du temps et C
arlin qui travaillait pour les marchands-merciers. lls les utilisèrent en décoration. Une commode conservée à Buckingam Palace, exécutée pour une actrice, est ornée de panneaux de pietra dura à décor de fruits et provenant d'un cabinet de Louis XIV. Du même ébéniste un secrétaire, maintenant au Louvre, est orné de quatre panneaux en mosaïque de marbre de paysages de villages de bord de mer, voir les réutilisations des plaques dures. Comme le disait très justement Sacha Guitry: "La mode se démode" et il est toujours incroyable de penser de nos jours, que deux cabinets que Louis XIV avait payé 3.300 livres sont revendus 33 livres et en plus il a fallut rajouter une pendule de nuit!!!! Les deux plus anciens cabinets, l'un en cèdre avec le buste d' Henri IV, acquis par Lazarre-Duvaux pour la somme de 51 livres , l'autre en bois du brésil au chiffre de Louis XIII pour 30 livres . C'est tout dire !!!!

Un autre cabinet vendu à La Hoguette pour 1100 livres , orné de figures en bronze doré et de colonnes en marbre et albatre exécutés par Golle pour Mazarin dit "Cabinet des Rois", avec des bustes en bronze doré des rois de France et de miniatures des exploits de Louis XIV. Le cabinet du soleil et celui des 12 signes" furent adjugés 2600 livres à Joubert et 1270 livres à La Hoguette. Les deux cabinets de Cucci des Gobelins furent adjugés 3201 livres au marchand Lemaignan, puis partirent en Angleterre et furent acquis en 1824 par le 3ème duc de Northumberland dont les descendants les ont toujours conservés dans leur château d'Alnwick.

Ceux ci ne reviendront au gout du jour qu'au XIXème siècle avant de retomber dans l'oubli, puis grâce à Daniel Alcouffe et au livre de Th. Lunsingh Scheurleer sur Pierre Gole, ébéniste de Louis XIV, et Stéphane Castelluccio, le cabinet renaît.


Cabinet d'ébène Mucuis et Porsenna, commandé par le marquis de Nonant pour son château de Beaumesnil, Paris circa 1640