LA MARQUETERIE DE MARBRES OU GENIE ET IMPURETES

Extraordinaire plateau en marqueterie "Port de Livourne"par Cristofano Gaffuri, 1601-1604
Tout l'art de la marqueterie de pierres est pour l'artiste de savoir les disposer selon leur couleur pour réaliser un dessin dont le génie est d'exploiter les impuretés de ces petits fragments de pierre
1)LES MARBRES ET PIERRES DURES a)Définition et origines. b)Principaux marbres. c)Les pierres dures
2)TECHNIQUES DE MARQUETERIE a) Plateaux. b) Les meubles. c) Les revètements du sol
3)CENTRES DE REALISATION a)L'Italie. b)L'Espagne. c)La France. d)Prague
1) LES MARBRES ET LES PIERRES DURES
a)Définition et Origines :
Les marbres sont des roches calcaires susceptible de prendre un beau poli, qui se sont cristallisées sous 4000 m de dépôt de sédiments à 120°. Généralement qui dit cristallisées dit fragile, rayable avec une pointe d?acier ou attaqués par du simple vinaigre, cette roche de montagne prend différentes couleurs grace aux impuretées argileuses ou métalliques, et par l?élévation de la pression et de la température qui entraine une déformation et donne ainsi cet aspect tantôt sinueux tel les marbres CAMPAN, ou bien disloqué tel les marbres BRECHE genre paté de tête que nous allons voir ou découvrir.
-Depuis l'antiquité les grecques, toujours les grecques épris de beauté et toujours à la recherche de perfection ont utilisé des marbres blancs provenant de l'Attique.
Les romains, suivant l'ordre chronologique, se prennent de passion pour le marbre, recherchent les carrières les plus précieuses en Italie, Sicile, Grèce et surtout la France. Cette exploitation est devenue alors un monopole impériale, jalousement gardé par les fonctionnaires d'alors, déjà le monopole de l'état et le reste.
Comme on vient de le dire la France ou la Gaulle d'alors possédait les plus beaux marbres, réservés alors à César, juste un saut dans le temps pour préciser qu'en 1850 à Paris il y avait 50 colonnes de marbre tandis que Rome en comptait plus de 7000.
Les Pyrénées contenaient des trésors exploités par les romains dont les fameux marbres de CAMPAN et SARANCOLIN
A Valence,il y avait des granits du Dauphiné
Dans le sud, Avignon, Nimes, les plus beaux porphires et granits du Var et des Alpes Maritimes
L'exploitation décline et va reprendre en France au XVIème siècle sous François Ier , 1515-1549
Malgré l'absence de document on trouve au XVIIème un dénommé DERBAIS et LE GREU auteur d'une table de marbre pour l'ébéniste HARMAND
Comme d'autre Louis XIV s'octroie le monopole des plus beaux marbres français pour ses constructions, sans abandonner les marbres italiens de Carrare, supérieurs dans la qualité du blanc
b)Principaux marbres :
La majorité des marbres sont d'origine française, sur 120 : 100 sont français et 20 sont italiens
1)Noirs (4 italiens, 33 français, surtout dans le Nord)
-La couleur noir vient du carbonne, plus spécialement du graphite charbonneux

GRAND ANTIQUE n°1, Brèche à dominante noire tachée de blanc provenant de l'Ariège
PORTOR n°3, noir veiné de jaune provenant de Toscane
NOIR DE MAZY n°2, noir monolithe provenant de Belgique et ayant servi aux pendules fin XIXème
GRANITE BELGE n°4, surtout pour les meubles Empire
2)Blancs (3 italiens, 8 français)

CALACATTA n°1 de Carrare cristallin bréchique souligné de gris
ARABESCATO n°2, de Carrare cristallin bréchique souligné de vert et gris
CARRARE BLANC VEINE blanc avec quelques veines grises
3)Rouges, roses où brun (2 italiens, 28 français)
-A base de fer, oxyde de fer ou manganèse

GRIOTTE ROUGE de BELGIQUE n°7, rouge griotte avec taches et veines blanches, souvent confondu avec le rouge royal qui est beaucoup plus clair
GRIOTTE ROUGE n°4, (Hérault) décoré « d'Oeils de perdrix », appelé rouge d'Italie pour des raisons commerciales
GRIOTTE DE CAMPAN ROUGE n°2, (Pyrénées), avec des veines blanches
LEVANTO ROUGE n°9, (Italie), brèche griotte avec morceaux blanc, rose, vert
ROUGE DU LANGUEDOC n°3, rouge avec des petites taches blanches
ROUGE DE France, Mayenne, rouge avec des veines blanche-rosées
ROSE VIF DES PYRENEES n°8, comme le griotte rouge de Belgique mais rose
ROUGE DE VERONE n°1, Compact, rose ou rouge homogène, XVIIème, je dirai très italien de conception, très chic
INCARNAT TURQUIN, (Aude) même conception que le rouge royal plus clair, mais rouge-orange
TRAVERTIN ROUGE n°6, d'Iran, ocre rouge avec petites géodes de calcites transparentes
ROUGE ANTIQUE d'un rouge vif, avec petites inclusions de particules noires et petites taches blanches
BRECHE DE VIMINE à fond rouge avec taches jaunes et crème boudées de rouge
ROUGE DE VITROLLES n°10, qui se rapproche du rouge Etrusque avec inclusions de veines de quartz blanc et marron
CAMPAN ROSE VERT n°11, plutot à dominante rose parsemé de veines vertes
CAMPAN RUBANE n°5, griotte et beige veiné vert en ruban
4)Violets (4 italiens, 9 français)
-Coloré par les oxydes de manganèse

SARRANCOLIN n°4, (Pyrénées) à dominante framboise de type brèche avec veines, même aspect que la BROCATELLE du Jura sur fond rosé et jaune ou d'Espagne à dominante violette sur fond jaune
BROCATELLE VIOLETTE n°1, d'Espagne multitude d'organismes qui lui donne cete aspect homogène fond jaune
FLEUR DE PECHER n°5, provenant de Carrare fond violet par taches type brèche
BRECHE MEDICIS n°2, provenant de CALACATA grosse tache blanche fond violet tacheté blanc par<rapport à la BRECHE VIOLETTE dont les noidules sont plus petites
SALOME n°3, venant de Turquie cristallin gris avec taches longues calcite rose
5)Jaunes (2 italiens, 15 français)
-Par le sel de fer non complètement oxydés

BRECHE DE SAINT MAXIMIN n°5, brèche assez hétérogène ou fondu, rouge et jaune exploité au XVIIème +
AMARILLO n°3, marbre monolithe jaune avec petites veines et rayures gris noir (Espagne)
JAUNE DE SIENNE n°2, très cristallin, très utilisé en marqueterie, quelques inclusions noirs, fissures blanches
BROCATELLE DE SIENNE n°4, fond jaune avec grandes veines noires rouges violacé, de type brèche
BRECHE D'ALEP n°1, très connu depuis l'antiquité, type paté de tête jaune, rouge, type ciment graveleux
BRECHE DE MEDOUS JAUNE n°7, grands morceaux noirs et blanc sur fond jaune orangé, provient des Pyrénées
BRECHE D'ARZO n°6, à la frontière italienne, brèche fond jaune orange et gris avec morceaux blanc
6)Bleus
-En réalité un gris bleuatre

BLEU DE SAVOIE n°2, de Haute Savoie, plutot gris que bleu
BLEU TURQUIN n°1, provenant de Carrare, gris bleu en veines parallèles
BRECHE DE MEDOUS n°3, brèche avec morceaux noirs, jaunes, gris et blanc provient des Pyrénées
7)Verts (2 italiens, 7 français)
-Ce sont les sels de fer, de cuivre ou de chrome qui donnent les teintes vertes

CIPOLIN ANTIQUE DE GRECE n°5, de composition cristalline, petites couches alternées vertes et blanche, fond ivoire
VERT d'IRLANDE n°1, , vert foncé et clair très dense avec du mika,
BRECHE VERTE D'EGYPTE n°9, c'est une brèche de differents verts expolité depuis l?antiquité
BRECHE VERTE DE SERRAVEZZA n°6, avec de grandes taches blanches venant de Carrare
CAMPAN VERT n°2, comme le grain de peau avec des taches blanches
CAMPAN GRAND MELANGE n°7, mi rouge griotte mi vert
VERT PATRICIA n°10, de la vallée d?Aoste
ONYX VERT DU PAKISTAN n°3, utilisé pour les tables de bistrot et les pendules fin XIXème
VERT DE SUEDE n°4, très cristallin, vert clair
VERT ANTIQUE DE GRECE n°8, soit foncé ou clair, brèche avec tache de quartz clair
JASPE DU MONT BLANC n°11, à fond vert nébuleux avec petit morceaux de quartz sang
LES MARBRES ITALIENS PRINCIPAUX :
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Collections d'échantillons de marbres, circa 1820,
conservés dans leurs meubles au Musée du Capitole à Rome |
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-Levanto rouge de Ligurie, rouge de Verone (orangé), de Cattari
-Jaune de Sienne, jaune de Torri, brocatelle de Sienne,
-Fleur de pécher de Serravezza de Carrare, brèche Médicis de Lucca
et brèche Arlequino ou violette de Serravezza,
-Vert Patricia de la vallée d'Aoste, vert d'Alpi, brèche verte de Serravezza
-Blanc de Calacatta ou d'Arabescato de Carrare,
-Noir d'Iseo, bleu Turquin Capella de Carrare, Portor de Toscane
LES PIERRES DURES : matériaux minéral ou roche dont la dureté est supérieure à 6 dans l'échelle de Mohs :

-AGATHES (agata) : variété de quartz coloré en zones, de couleurs variées
-BOIS PETRIFIE
-CALCEDOINE (calcedonio) : pierre dure, silice, provenant de l?antiquité de Bithynie entre l'Asie Mineur et le Bosphore, quartz micro-cristallisé
-COMMESSO, type de mosaïque réalisé par du marbre et des pierres dures
-CRISTAL DE ROCHE Quartz transparent
-INTARSIO : Décoration de pierres dures ou marbres encastrés dans une surface
-JASPE (diaspro) : variété de quartz micro-cristallisé opaque de couleur variées et non uniforme
-LAPIS-LAZULLI
-ONYX (onice) : Variété de quartz transparent (silice translucide cristalisée) présentant des bandes colorées de couleur, vert clair : CHRYSOPRASE, rouge : CORALINE, brun : SARDOINE, brun à taches rouges : HELIOTROPE
-PORPHYRE, roche volcanique constituée de grands cristaux de feldspath dans une pate non cristalisée, souvent réemploi d'éléments de l'antiquité, rouge, vert ou gris Bordeaux avec des points blancs
-SCAGLIOLE (scagliola) technique à base de poudre de marbre imitant la marqueterie de pierres dures (voir ci-dessous)

La scagliole est remis à la mode par l'Office des pierres dures, cet art d?imitation, économique, et déjà employée dans l'antiquité est composée d'un mélange de marbre de couleur et de sénélite en poudre fine et de plâtre avec de la glu, appliqué sur un enduit mouillé, puis poli pour faire éclater les couleurs, donnant ainsi l'impression du marbre reconstitué.
2)TECHNIQUES DE MARQUETERIE
MOSAÏQUE
Mosaïque de "La fuite en Egypte" Baptistère de Florence, décoration de la coupole

La mosaïque utilise des tesselles ou petits cubes de pierre fixés par un mortier, l'ancienne technique romaine de l?incrustation de pierres semi précieuses et de marbres dite « commesso di pietre dure » ressemble à l'« intarsioa », chaque pièce étant découpée pour s'adapter parfaitement à un fond préparé. Au XVIIème siècle, certains portraits réalisés dans cette technique ressemblaient à s'y méprendre à une peinture. Le portrait de Camillo Rospigliosi, (1635) (Getty) réalisé par Calandra, artiste qui fabriquait lui même ses tesselles en céramique afin de donner des effets picturaux créant ainsi des perspectives et du relief dans les couleurs.
MARQUETERIE

Plateau de la Manufacture grand-ducale "aux fruits, fleurs et oiseaux", vers 1620. Château de Rosenborg .
La marqueterie, ou COMMESSO est plus complexe . Des artisans se succédaient pour réaliser une oeuvre marqueté : les Scarpellini ou prospecteurs étaient chargés de la qualité des pierres, les Tagliotori ou sculpteurs étaient chargés d'ajuster au biseau la pierre taillée et la fixaient sur une base préparée d?un mélange de résine, cire, gypse et térébenthine, et pour finir les Lustratori ou polisseur, polissaient le travail.
Le décor de fleurs et de fruits du plateau du chateau de Rosenborg (ci-dessus), est un très bon exemple du gout des Médicis pour leur intérêt naturaliste, particulièrement aprécié par François I, et dont Ligozzi, peintre de la nature fut l'un des interprète préféré. Il fournissait des modèles à la manufacture, et plusieurs artisans travaillant en équipe, utilisaient avec bonheur les pierres naturelles et leurs "défauts" pour retranscrire avec habileté les palettes des fleurs ou des plumages d'oiseaux.
Ers 1600, les fonds étaient en marbre blanc ou parfois d'une pierre transparente doublée de feuille d'or ou d'argent servant à réfléchir et accentuer les couleurs
Cabinet d'une suite de 4 conservés au Capitole à Rome
A partir de 1612 le fond était assez souvent en marbre noir et plus tard en silex bleu-noir appelé « Paonazetto di Fiandra », les pièces de marqueterie étaient plus nombreuses et le ciel exécuté en calcédoine, ou dans une pierre mouchetée.
Vers 1620 un nouvelle pierre aux veines caractéristiques devint à la mode le « pietra paesina » ou pierre paysagère qui après polissage laisse apparaître des contours de montagne rocheuse ou une autre variété dite « Arno lineato » dont le dessin évoque la mer
a)Plateaux
Le plateau marqueté d'une table n'est en fait que la représentation en miniature d'un sol selon la meme technique
Les plateaux marquetés font penser aux anciens plateaux de tables revétus de tapis d'orient, spécialement du Caucase, puis de bois précieux, puis de plateaux de marbre
Le marquis de Dangeau raconte que lors de la réception de la Reine d'Angleterre, une somptueuse collation fut servie, apportée sur des tables de marbre sans nappes ;
Certaines tables de Louis XIV, ne sont plus monolithes, mais bicolore, car le centre est encadré d'une bordure d'un autre marbre ou onyx.
Souvent vu leur préciosité, il sont entouré d'une bordure en bronze doré ou de cuivre doré
b)Les meubles et autres oeuvres
Les cabinets

Parmi tous ceux réalisés, il faut admirer l'extraordinaire cabinet florentin achevé en 1728 pour le 3ème duc de Beaufort, et méticuleusement emballé dans 96 caisses sur un bateau en direction de l'Angleterre
Il fut vendu aux enchères près de 100 millions de FF
Commode à encoignures estampillée de Carlin et Weisweiler (collection Rothschild puis A Ojjeh) ornée de plaques florentines provenant d?un cabinet vers 1700 exécuté par Giovanni Battista Foggini
Les portraits (très rares). Portrait de Clément VIII Aldobrandini, vers 1600 par Romolo di Francesco, calcite, lapis-lazuli, nacre, calcaire et marbre sur fond de silicate. (haut : 97 cm) (Getty)

c)Les revêtements du sol et autres
L'Italie est l'exemple le plus marquant de cette technique. Rome, Florence, Venise ont tous des sols qui offrent de véritable jardins exotiques ou des tapis retanscrits en pierres dures et marbres. Déjà au XIème siècle le sol de la basilique St Marc était revétu de mosaique de pierres dures créant un dessin complexe et ainsi dématérialisé l'espace architectural
Le sol de la Madona della Salute de 1631 en rosace, exécuté en jaune de Sienne, rouge de Verone, noir d?Iseo, blanc de Carrare principalement puis les branchages, motifs plus petits en serpentine (vert sombre), malachite, calcédoine et lapis lazulite.
La technique du « TERRAZZO ALLA VENEZIANA » remonte aux romains. Le terme de TERRAZO ou Pavement, convient aussi bien à différents revêtements de sols, allant de la mosaïque de tesselles la plus fine à la mosaïque de galets.
C?est à saint Marc, que l?on peut admirer les plus belles compositions réalisées du IXème au XIXème siècle
Il y a la mosaïque composée de morceaux ou tesselles de taille réduite et de forme régulière en porphyre, Serpentine de Grèce, brèche colorée, marbres antiques avec des espaces intercalaires très finement dessinés figurant en OPUS TESSELLATUM, des animaux tels que griffons, aigles.

Ces tesselles étaient posés sur un support déjà préparé du dessin à reproduire. C?était un travail très fatigant, et de peu de rendement, en effet cette troisième couche étendue et nivelée devait être battue vigoureusement 1 à 2 fois par jours pendant 1 mois, puis elle était aplanie, lissée une fois avec un pâte colorée, puis 2 fois de suite avec de l?huile de lin.
Plus proche de notre époque la laque à base de coquille d'oeuf réalisé dans les années 20, imite cet aspect velouté
Cette corporation dès 1583 est organisée comme les autres avec ses règles et normes professionnelles. Ce métier est réservé aux vénitiens de pure souche avec un apprentissage dès l'age de 15 ans de 4 puis de 6 ans en 1674, puis une fois qualifié par trois ans de pratique avant de passer maître.
A Venise, l'église dei GESUITI, (église de la corporation du textile et des tailleurs), décorée en 1729, présente un extraordinaire décor marqueté en trompe l'oeil de drapé d'un velours de Gènes à fond blanc, décor de motifs végétaux vert antique, de même le grand escalier de l'autel semble être recouvert d'un tapis vert antique à décor de broderie jaune de
Sienne. Ce merveilleux travail a été réalisé par des artisans vénitien, ce qui prouve bien que florence n'avait pas l'exclusivité de cet art.

Le devant d'autel de Santo Stéfano à Venise, daté de 1613 est réalisé sur un fond de marbre noir, avec un cartouche central représentant Saint marc, habillé d'une dalmatique en brocatelle de Sienne, reproduisant un velours broché, et de part et d'autre, un cartouche avec le lion de Venise dont la pierre frisée naturellement reproduit à s'y méprendre la crinière.
à ROME
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Plaque aux armes de Maria Eleonora Boncompagni-Ludovisi, datée de 1714
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Parmi les nombreuses églises de Rome,
3)CENTRES DE REALISATION
a)L'Italie

A Florence la manufacture granducale créée en 1588 par Ferdinand I de Médicis, suite à son séjour romain, avec des artistes venus de Milan, prend de l'essor avec Pierre et surtout Laurent de Médicis, ses nombreuses commandes et ses collections de gemmes.
Les Médicis ont une passion pour les pierres dures qui ne va pas se démentire, les plateaux marquetés vont petit à petit remplacer les vases, symbole antique des collectionneurs et du pouvoir . La technique devient plus sophistiquée car les artistes utilisent la couleur naturelle des pierres pour obtenir une plus grande gamme de nuances (Technique décrite en 1597 par A Riccio), les tailleurs ou segatori méttaient en valeur la veine des pierres
L'architecte Giovani Dosio, ayant travaillé à Rome eut une influence importante avec les revètements des chapelles Gaddi à Santa Maria Navella et Niccolini à Santa Croce puis la chapelle Salviati à San Marco, démontrant ainsi les liens étroits unissant l'architecture et le mobilier marqueté.
En 1604, l'office des pierres dures reçu la commande du décor du mausolées des Médicis, projet jamais réalisé
Les artistes tels Saracchi et Miseroni lui apportent un prestige inégalé
La chapelle des Princes, vu sa taille, monopolisa beaucoup d'artisans, dont un nombre de spécialistes importants venant de Milan, tels les Caroni et les Gaffuri, attirés par la générosité et les prestige des Médicis. Le but était de surprendre le visiteur par la somptuosité du décor intérieur et du mobilier. Certains projets et quelques éléments de l'autel XVIIème démonté au siècle suivant sont exposés au musée des Pierres Dures.
Cette manufacture était installée aux galeries dei Lavori (galerie des artisans) placé sous la direction de VASARI, où tous les artisans italiens ou étrangers travaillaient exclusivement pour les Médicis et devenant ainsi le lieu par exellence où les idées et inovations naissaient.

Panneau marqueté d'après le dessin de Bernardino Poccetti "La manne tombée du ciel", par Giovan Battista Sassi en 1620 et ornant le maîte autel de San Lorenzo à Florence
Au XIXème GIORGI amena la marqueterie de marbre avec le choix des couleurs et des impuretés à une perfection rarement égalée, la « Table d'Apollon » (Galleria Palatina) réalisée en 1853 sur fond de lapis est exceptionnelle à plusieurs titres, entre autre par l'utilisation extraordinaire de l'ombre portée naturelle de l'attelage d'Apollon.

COMPOSITION DE L'OFFICE DES PIERRES DURES DE FLORENCE du XVIème au début XIXème
François I et Ferdinand I de Médicis 1574 1609: 29 maîtres , 9 dessinateurs et 5 administrateurs
Cosimo II 1609 1621 : 13 maîtres, 2 dessinateurs et 2 administrateurs
Ferdinand II 1621 1670 : 21 maîtres, 4 dessinateurs et administrateurs
Gaston 1723 1737 : 16 maîtres,
François II 1737 1765 : 7 Maîtres et 2 dessinateurs
Léopoldo I 1765-1791 : 4 maîtres, 1 dessinateur, 1 magasinier et 1 directeur
A Rome cette technique dont la mosaïque, était pratiquée depuis l'antiquité, c'est en 1516 que le banquier Agostino CHIGI, fit exécuter dans sa chapelle funéraire des mosaïques d?après les cartons de Raphaël
Ci-dessous, l'extaordinaire plateau marqueté de marbres polychromes vers 1560 et conservé à la villa Poggio de Florence

Au début du XIXème Francesco SIBILIO exécuta des plateaux ornés de motifs très à la mode du style Empire avec des bordures en porphyre

Luigi VALADIER créa des surtouts de table composés de plusieurs plateaux posés comme on veut ; et créant ainsi un « agréable » centre de table. L'un des plus connu est celui exécuté pour le bailli de Breteuil, composé de 3 temples, 2 arcs de triomphe, colonnes diverses, coupes, barques, sphinx, salières, couteaux
A Naples une manufacture fonctionnait de 1737 à 1814
b)L'Espagne
La manufacture du BUEN RETIRO (1762 1808). Don Carlos de Bourbon , Roi de Naples abandonne sa capitale napolitaine où il a régné pendant 1/4 de siècle pour Madrid où il va régné sous le nom de Charles III, et créait la manufacture des pierres dures du Buen Retiro en 1762 avec des artisans venus de Florence.
Juan Batista FERRONI exécuta les 9 fameuses tables de bronze ornées de somptueux plateaux, conservées au Palais Royal et se décomposant en trois groupes :
-Deux plateaux sur fond encadré de lapis-lazuli (larg 1m76)

1)« Place avec obélisque » frise de coquillages. 2)« Place avec bâtiment néo-classique » frise de fruits
-Trois plateaux décor en réserve sur fond noir décor en trompe l'oeil (larg 1m82)
1) Place avec obélisque », instruments, tambourin, rouleau de papier.

2) Place avec colonnade », aiguière, fruits, rapporteur.
3) Port avec perspective de la mer », plan, palette et violon.
-Quatre plateaux à fond noir orné en trompe l'oeil sans frise(larg 1m80)
1)peintures et jeux de dame, tasse à café.
2)peinture et jeux de cartes, châssis, clefs, tenaille.

3)peintures et mandoline, silhouette et soufflet.
4)peinture, coffret, couteau, rouleau, poire et pistolet.
Puis après la fin du XVIIIème on va vers des reproductions de tableaux, avec un ciel tout particulièrement bien rendu.
c)La France
La manufacture des pierres dures créées aux GOBELINS en 1661 avec des artisans florentins pour concurencer les productions italiennes va réaliser les plus beaux plateaux marquetés en pierres dures, mais cet atelier entraîne de très lourdes charges et Louis XIV va arrêter la production assez vite.
Un plateau aux armes de France est conservé au Louvre dans la galerie d'Apollon.
La réouverture de cet atelier des Gobelins se fera au début du XIXème grâce à Belloni, artiste d'origine italienne qui fera fonctionner l'atelier jusqu?en 1830.
Encore fermé sous Louis-Philippe, l'atelier de mosaïque sera réouvert une nouvelle fois en 1876, pour orné les bâtiments publiques
c)Prague
En 1585Rodolphe II appela à Prague Cosimo Castrucci, artiste florentin où il développa un style de paysage particulier, avec des plans définis par des rochers, villages ou rivière, les coloris sont très vifs

BIBLIOGRAPHIE
-Duc de Beaufort « The Badminton cabinet »
-A. Gonzales-Palacios
« Las collections royales espagnoles de mosaïques et pierres dures »
-C. Acidini Luchinat "Trésors des Médicis"
-Dubarry de Lassale « Identification des marbres »
-E-M Hoyer « Sächsischer Serpentin » Leipzig.
-J-J Norwich « Décorative floors of Venice »
-L. Puppi « Pierres de Venise »
-F. Rossi « Le pittura di pietra »
-M. Smith et D. Dawanzo-Poli « L?art décoratif à Venise »
-G. Taborelli « Les Médicis à Florence »
-Exposition à Florence 1988 « Splendeur des pierres dures »
-Palazzo Colonna à Rome
-Musée du Capitole à Rome
-Musée du Vatican
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