
Le « coup de génie » de Duchêne demeure l’idée d’unifier ses diverses interventions et les anciens aménagements en redistribuant les quatorze gueulards, ces têtes de monstres en pierre sculptée qui encadraient l'antique Salle d'eau. Ils crachent aujourd'hui un peu partout l’eau abondante des nombreuses sources de Courances, véritables incarnations du génie du lieu.

Françoise Boudon , historienne d'art, chercheuse associée au CNRS, a étudié la mise en scène progressive de l'eau à Courance et par conséquence ce phénomène d'eau dans les châteaux en France à cette époque. Une gravure de Jacques Gomboust représente les jardins et le château de Courances en 1652. Les grandes lignes du parc étaient déjà en place en 1622, année de l'achat du domaine par Claude Gallard. Le château neuf remplace en 1627 l'ancienne demeure et le nouveau parc est divisé en deux. Un petit devant avec une salle d'eau et une grotte et un grand derrière avec un canal de 600 m de long et pour accéder au tout une avenue plantée. Françoise Boudon recherche et démontre que les terres saturées d'eau accueillent naturellement des jardins de canaux. Au XVIIème les Pays-Bas s'en firent une spécialité, inspirée des jardins italiens vénitiens et lombards. On transformait un inconvénient majeur en atout principal. Il est important de noter que les progrès hydrauliques avaient fait de gros progrès au XVIème siècle, grace à la venue sous le rgne de Catherine de Médicis des premiers fontainiers italiens. L'eau qui avait alimenté les fossés, servait dorénavent aux bassins d'agrément. A Fontainebleau en 1530, le Grand Jardin est aménagé selon ce nouveau principe, avec une île, un vivier et des parterres. L'eau sauvage devient domestiquée, il y a plusieurs exemples où les jardins représentés sont quadrillés de canaux, ce qui ne fait que reprendre les méthodes anciens. A Courance l'allée de l'entrée était accompagnée d'un canal sur toute sa longueur, sans doute pour assurer le drainage de l'avenue. La grotte du petit parc valait par sa situation au milieu de l'île, très prêt du château donc pratique comme à Fontainebleau, adossée à un mouvement de terrain,accentuant ainsi le côté mystérieux très excitant et donc attrayant de cette nouveauté de surprendre le visiteur. Claude II, comme son père, passa un marché en 1639 pour améliorer la maçonnerie du devant de la fontaine qui est dans le parc dudit Courance et en 1640 creuser les canaux à droite du pont de l'avenue...Au XVIIIème un fontainier qui travaillait au château était logé dans un pavillon du château.

Pièce d'eau des platanes simples avec le groupe en pierre sculpté de Claude Poirier, représentant Aréthuse en baigneuse,
mis en place lors de l'aménagement du parc par les Duchêne.

14 sources sont connus à Courance. Lors de son achat par le baron Haber, Destailleurs fait curer les pièces d'eau et dresse un plan précis en estimant le volume de la vase à évaquer à + de 50.000m3 . Soit un chantier gigantesque sachant qu'une charette évacue 8m3, il aurait fallu 250 ouvriers pendant 6 mois, qui comblèrent ainsi certains canaux ainsi que les douves de l'aile ancienne.
