Courances, un jardin du XVIème où naquit l'esprit du parc "français"

C'est peut être à Courances que Le Nôtre a imaginé son parc français. C'est à la fin du XIXème siècle que l'abbé Boulay attribua les jardins de Courance à André Le Nôtre, agé de 23 ans, jardinier de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, mais on ne connait rien de son oeuvre à cette époque. Lucien Corpechot, journaliste et amateur de jardin, directeur de la société des Amateurs de jardins, de la marquise de Ganay, née Berthe de Béhague, attribua le parc au grand maître, reprise plus tard par Ernest de Ganay, cousin de la marquise. Thierry Mariage fit des recherches multiples avec des hypothèses car on conserve, à ce jour, aucune représentation des jardins du temps de Claude I Gallard ou de son fils. Les archives actuelles ne prouvent pas l'intervention des Le Nôtre. C e sont les paysagistes Henri et Achille Duchêne, au début du XXème siècle, qui ont donné toute sa dimension classique à Courances. Pendant plus de 500 ans, les propriétaires successifs ont façonné l'âme des lieux sans en altérer la cohérence. Jean-Louis de Ganay, le propriétaire d'aujourd'hui, en choisissant d'épurer ce parc au tracé géométrique et en laissant la nature s'exprimer a fait de Courances un lieu résolument contemporain

Quand, à vingt-six ans, Jean-Louis de Ganay se retrouva en charge du domaine, en 1948, tout était à refaire. Cet ancien élève de l’Ecole Nationale d’Agriculture de Grignon témoigne : « Nous avons tout fait par nos propres moyens, à la petite semaine, sans entreprise extérieure, attaquant avec imagination et patience l’ensemble des chantiers ». Il s’agissait de casser le béton, de replanter, de recréer les pelouses, de rattraper les haies. Une fois encore, les pièces d’eau étaient devenues des marécages. Pourtant, au début des années cinquante, les traces de la guerre avaient disparu. Le propriétaire avait pris le parti de ne pas reconstituer toutes les allées, laissant ainsi de vastes tapis verts sous les grands alignements du parc et autour des pièces d’eau. A Courances, on marche presque partout sur l'herbe. Il n'a pas taillé en rideau les bordures des bosquets, ainsi à Courances, il y a des arbres qui se penchent ou se distinguent pour animer les perspectives trop rectilignes. Ces solutions « économiques » ont souvent guidé, depuis, les choix liés à la gestion et à l’entretien du parc : réduction du personnel, développement des machines, techniques agricoles plus qu’horticoles... Si les grandes lignes classiques du passé ont été respectées, la simplification des formes et une plus grande place laissée à la nature ont doté cet espace d'une qualité incontestablement moderne, enrichissant ainsi d’un nouveau chapitre l’histoire d’un parc d’exception.

Henri Duchêne (1841-1902) et son fils Achille Duchêne (1866-1947) vont restaurer, reconstituer + de 6000 jardins dans le monde. Héritiers d'un savoir faire vieux de plusieurs siècles, et particulièrement doués dans la création, les Duchêne vont faire renaître l'art du jardin, particulièrement à Courance, Vaux Le Vicomte, Champs sur Marne, Le Marais, Breteuil, ces quatre châteaux majeurs, membres aujourd'hui de l'associaition des jardins et châteaux autour de Paris. Il est presque certains, aujourd'hui que Le Nôtre n'a point travaillé à Courances selon les légendes lui atribuant la majorité des parcs des châteaux de France et de Navarre. Ernest de Ganay (1880-1963), aimait le XVIIIème siècle, ses châteaux, ses jardins et tous les raffinements de cette époque, un certain art de vivre. Ami des poëtes, c'est après la première guerre qu'il se passionne pour les châteaux et les jardins. Il obtient son diplome de l'Ecole du Louvre en 1928 en passant sa thèse sur l'histoire des jardins anglais au XVIIIème siècle. Pierre de Nolhac, conservateur de Versailles fut son maître, Achille Duchêne, André Verat, Charles de Noailles ou Edith Wharton furent au nombre de ses amis. Il proclamait qu'il valait mieux interptéter discrètement le passé pour donner le "change", rendre l'atmosphère et l'ambiance des temps passés et si possible avec l'aide des palns d'origines. Un grand article dans Connaissance des arts de 1953, par Ernest de Ganay ouvre les portes de ses intérieurs au public pour la première fois. Certaines chambres, galerie et salons sont représentés, tels qu'ils étaient lors de leurs restaurations.

Le peintre Henri ou Charles Beaubrun représente Anne Vialar, dame de Courance, épouse de Claude II Gallard, présentant sur ses genoux sa peinture encadrée représentant Courances, entouré de douves et avec ses jardins tracés et ses pièces d'eau. Ce genre de portrait représente, avec tous ses atours la dame du lieu avec un symbole fort illustrant la réussite sociale du sujet, la réalisation de son oeuvre, l'illustration symbolique de son jardin autobiographique.

Statue d'Apollon devant le rond de Moigny