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Livre d'Or

Jardins et châteaux autour de Paris

 

Le cabinet commandé par Jacques Le Conte, marquis de Nonant, baron de Beaumesnil
"Marcus Curtius et de Mucuis et Porsenna"

Commandé vers 1640 pour son château de Beaumesnil
construit entre 1633 et 1640
Attribué à Jean Armand, menuisier ébéniste du Roi Louis XIII, Paris entre 1635-1640.

 

 

Cabinet homogène, en ébène et placage d'ébène, Paris vers 1638-1640, les portes sculptées de deux médaillons dans des encadrements de moulures ondées, de panneaux gravés et de quatre figures dont deux renommées. La frise supérieure et la ceinture sont sculptées de scènes d'enfants jouant avec des animaux et poissons encadrant Neptune. Piètement à colonnes corinthiennes sculptées dans leur base de masques de grotesques reposant sur un socle à pieds boules.
Hauteur : 2m, largeur : 1m72, profondeur : 55,5 cm.

Provenance : Commandé vers 1640 par Jacques Le Conte, marquis de Nonant, baron de Beaumesnil, pour son château de Beaumesnil, puis conservé dans sa descendance. Acquis par the Honorable Francis Bridgeman of Ennismore Gardens en France puis conservé depuis 1943 par la famille Bridgeman au manoir de Dowdeswell, Gloucestershire en Grande Bretagne. Chateau d'Ambleville.

Attribution : Dans ce domaine, rien n'est certain, mais ce cabinet est proche de celui conservé au Musée d'Autun donné par la marquise de Saint Didier et du cabinet d'Endymion conservé au Victoria et Albert muséum de Londres. La conception des vantaux est de la même période, mais son intérieure se rapprocherait de celui du Louvre par sa qualité et du cabinet de Mercure attribué à Pierre Gole conservé dans une collection particulière. Lunsingh Scheurleer attribue à Pierre Gole, menuisier en ébène des cabinets en placage d'ivoire marqueté, dont celui conservé à Dallas, mais Pierre Gole avait une vingtaine d'année en 1640, ce qui normalement vu l'importance du travail est dificilement envisageable. L'utilisation de l'ivoire, de l'ébène et de l'écaille dans le caisson, mais surtout à l'extérieur est un élément en faveur de Pierre Gole selon Lunsingh Scheurleer mais plus certainement de Jean Armand, ébéniste peu connu de Louis XIII, car la sculpture de l'ébène laisse à penser une oeuvre très tôt, certainement trop tôt pour Pierre Gole. Jean Armand, menuisiers ébéniste ordinaire du Roi spécialiste de la marqueterie d'ivoire a peut être exécuté ce cabinet pour Jacques Le Comte marquis de Nonant, gentilhomme de la chambre de Louis XIII, donc proche du Roi.

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Le piètement dont le bati a été restauré au XIXème siècl,e comme la plupart, a la particularité d'avoir conservé les armoiries du commanditaire : Jacques Le Conte Duquesne, marquis de Nonant, baron de Beaumesnil, gentilhomme de la Chambre de Louis XIII. Sa femme était la petite fille du chancelier Brûlard de Sillery, ambassadeur personnel de Henri IV à Rome. La construction du château de Beaumesnil commença en 1633 par les frères Martin et Toussaint La Flèche et l'architecte Jean Gallard. Le marquis de Nonant meurt peu de temps après en 1641. Son Fils Pomponne et ses deux filles héritent de Beaumesnil et vont le conserver par descendance jusqu'au XIXème siècle.

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La porte de gauche représente Marcus Curtius, jeune Romain qui se dévoua aux dieux infernaux pour sa patrie en 362 av JC. Un large gouffre s'étant ouvert au milieu du Forum Romanum, et l'oracle ayant déclaré qu'il ne se refermerait que lorsque Rome y aurait jeté ce qu'elle avait de plus précieux, Marcus Curtius, déjà célèbre par ses exploits, se précipita tout armé dans l'abîme. Le gouffre, dit-on, se ferma aussitôt. Le sujet a été sculpté d'après la gravure de Jean Mignon, de l'école de Fontainebleau reproduisant le tableau de Luca Penni (1504-1547).

La porte de droite représente Gaius-Mucius plongeant sa main dans un feu allumé pour un sacrifice et fixeant le roi du regard durant l'épreuve. En 508 avJC. Ce héros légendaire romain voulait tuer le roi Etrusque Lars Porsenna, pendant le siège de Rome. Mucius, déguisé en étrusque, s'infiltra parmi les soldats ennemis attendant leur solde. Il poignarda le préposé à la distribution, pensant avoir affaire au roi mais il est arrêté et amené devant Lars Porsenna pour être interrogé. Impressionné par son courage, par cette épreuve du feu, Porsenna lui rend son épée. Mucius lui dévoilera que trois cents Romains déterminés se cachaient dans le camp pour l'assassiner. Le sort l'avait désigné le premier, mais il se réjouira d'avoir échoué. Porsenna méritait d'être l'ami de Rome plutôt que son ennemi. Romains et étrusques signeront alors une trêve. Gaius Mucuis avait perdu l'usage de sa main droite et il fut surnommé Scaevola le gaucher et vécu sur les terres offertes par le Sénat au delà du Tibre.

Chaque panneau rond sculpté en bas relief est encadré par un tors de feuilles de chêne, tel une courone, lui même inscrit dans un double encadrement carré de moulures ondées orné dans les écoinçons de quatre figures dont deux renommées debout dans le haut et deux soldats, assis et casqués dans le bas.

Ces deux scènes, dont nous n'avons pas encore retrouvé la gravure de Mucuis, connurent un grand succès à l'époque. Plusieurs cabinets possèdent les mêmes panneaux, dont : l'armoire à deux corps du château d'Ecouen, le cabinet du Musée Kunstgewerbe à Berlin, celui du château de La Palice et celui du château de Dampierre . Quatre agrafes ornées d'angelots semblent retenir les panneaux. Deux autres cabinets, l’un conservé au Métropolitan Museum of Art de New-York, l’autre au Musée National de Stockholm comportent aussi des panneaux ronds sur les vantaux extérieurs.

La frise supérieure est sculptée d'enfants chevauchant des montres marins, thème en vogue au milieu du XVIIème siècle . Les chars de Neptune et de Vénus sont dirigés par ces enfants marins, peut être d'après les dessins de Gérard van Obstal, sculpteur ami ou parent de Jean Armand.

L'intérieur est entièrement plaqué d'ivoire gravé à décor de rinceaux, animaux et monstres, marqueté sur fond d'ébène dans des encadrements d'écaille. Le revers des vantaux est composé d'un motif géométrique de deux carrés et de quatre triangles. Le carré central, gravé d'un décor d'arbres, dans des encadrements de fleurs est très classique.

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Ci dessus le cabinet de Mercure attribué à Gole d'une collection privée t(Exposition à Versailles) reprenant un placage autre que l'ébène, peut être daté vers 1645.

La façade intérieure, d'une ordonnance classique est plaquée d'ébène marqueté d'ivoire dans des encadrements d'écaille brune et de frises d'ivoire gravé de fleurs et rinceaux d'une inspiration encore très Renaissance. Les quatorze tiroirs à fonçures de chêne sont différents et mélangent animaux et personnages d'ivoire sur un fond d'ébène encadré d'écaille et d'ivoire. Chaque anneau mobile des tiroirs est en argent doré ciselé à décor de dauphins afrontés dans la gueule d'un lion.

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Les portes du caisson sont en ébène sculptée à gauche de la muse de la Prudence et à droite de la Justice, dans un encadrement d'ivoire gravé, de moulures en ébène et d'encadrement d'écaille brune. Trois termes d'ivoire peut-être de Gérard Van Obstal, séparent les portes avec une balustrade d'ivoire dans la partie basse. Dans l'inventaire de Boulle en 1732, Jean-Pierre Samoyault a trouvé la description deux cabinets d'ébène anciens avec des bas-reliefs et ornements d'ivoire de Van Obstal.

De plus en plus riche, le caisson ouvert, découvre une merveilleuse perspective de théâtre avec des personnages peints sur bois ou vélin.

De profil, les vantaux ouverts, les portes intérieures gravées de fleurs et arbres dans des moulures ondées.

L'intérieur du caisson est merveilleux par son agencement et sa richesse. Tel une scène de théatre rythmée par cinq niches ornées de peintures de personnages antiques et quatre autres foncées de glace. Quatre petits tiroirs de chaque coté sont ornés de plaques d'ivoire gravées de rois, reines et héros de l'antiquité, encadrées de colonnes torses. Un escalier à quatre marches, dissimulant deux tiroirs dirige le regard vers la scène marquetée d'un damier. Jean Armand était aussi marchand de tableaux, son beau-père J-M Picard ou son atelier sont peut être les auteurs de ces tableaux.

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Les tiroirs en placage d'ébène, ont tous un décor différent en ivoire, encadré d'une frise en écaille bordée d'une moulure en ébène ondée et enfin encadrée d'une frise en ivoire gravé. Ce sont des centaures, griffons, personnages nus, masques à plumes, syrènes, oiseaux des iles, trophés militaires et chiens, paons, chevaux ailés...

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Le caisson est richement marqueté d'écaille et d'ivoire. Le sol est marqueté d'un damier composé de ronds et de carrés en écaille sur un fond d'ivoire, avec une balustrade en ébène et ivoire. Le plafond est plaqué d'écaille, incrusté de frises d'ivoire avec quatre médaillons gravés de tête de lion et de deux personnages qu'il reste à identifier.

Deux rangées de quatre tiroirs superposés plaqués d'ivoire gravé et entouré de colonnes torses, encadrent le théâtre central composée de quatre marches et d'une scène bordée d'une balustrade et de cinq panneaux peints alternés de miroirs, chacun séparé par des colonnes en écaille avec des bagues d'ivoire.

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Chaque tiroir latéral est orné d'une plaque d'ivoire gravé de dieux et héros antiques ou de la mythologie avec leurs attributs. Zeus avec son aigle, Athéna avec sa chouette, Héra avec son paon, Persée et la tête de Méduse, Victoire ailée, Ares et son bouclier, Demeter avec sa faucille et Apollon et sa lyre.

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Les cinq peintures sur vélin ou bois sous verre représentent des personnages de l'antiquité ou du temps dans des jardins ou des villes portuaires. De gauche à droite, une jeune femme est représentée avec une robe à la turque, puis un seigneur devant un port, puis la Reine de Saba, suivie d'une femme dans un jardin, regardée par un seigneur. Chaque personnage est surmonté d'une arche sur fond noir à la mode de l'Orient et orné de fleurs dont des tulipes, très prisées à l'époque. On sait que Jean Armand était également marchand de peintures et gendre du peintre flamand JeanMichel Picart.

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Ci dessus, au centre le caisson du cabinet de Mercure associant la marqueterie d'ivoire et de bois, au droite le cabinet dit de Fouquet entièrement plaqué d'écaille brune et à gauche la porte interne du caisson du cabinet du Louvre. Celui de Fouquet serait plutôt de la main d'Armand que celle de Gole.


La frise de la ceinture est composée de trois bas reliefs en ébène, sculptés de scènes marines avec le char de Neptune et des enfants jouant avec des animaux, chaque illustration séparée par le blason du marquis de Nonant, baron de Beaumesnil.

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Les colonnes du piètement sont en bois noirci et ébène sculpté, au nombre de quatre, cannelées dans le haut et sculptées en bas de masques.  La base des colonnes présente des similitudes avec celles du cabinet d’Endymion attribué à Pierre Gole du Victoria & Albert Museum. Le fond, sans panneaux est composé de quatre pilastres sur lesquels sont adossés quatre demies colonnes au même décor. Le socle dont le placage a été restauré est orné de motifs en ébène, seul exemplaire connu et repose des boules plates.

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Décor des vantaux intérieures attribués à Pierre Gole ou Jean Armand, le 1er du cabinet de Mucuis et Porcenna, le deuxième de Proscris & Céphale ( château d'Ambleville), et le 3ème à droite du château de Serrant, toujours avec un arbre dans la tempête dans une construction géométrique de moulures ondées. On retrouve aussi cette construction géométrique avec ces fleurs et ces arbres sur les cabinets de Windsor, de Fontainebleau, du Louvre et du Victoria & Albert museum.

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La clef d'origine en partie doré, dite vénitiene, heureusement conservée est en fer forgé . Elle mesure 9,8cm de long et l'anneau conserve des traces de dorure. La rosace est divisée en quatre quartiers composés de L formant un triangle et enchassant un C, chiffre de Jacques Le Comte.

Une étiquette en métal gravée "Antwerp Cab" datant des années 1940 a été fixée lors de son séjour en Angleterre au manoir de Dowdeswell .

Comparaisons, similitudes et attributions.

Dans la succession d'Henriette d'Angleterre, dauphine en 1670 l'huissier priseur inventorie 21 cabinets dont un cabinet d'ébène à fond d'écaille qui comporte un intérieur avec douze tiroirs marqueté de feuillage et grotesques d'ivoire, le caisson avec un escalier et secrets divers, comme celui-ci. Il est intéressant de remarquer que la Dauphine possédait un cabinet avec des tiroirs marquetés de grotesques et rinceaux en ivoire.

-Item un autre cabinet d'ébène à fond d'écaille de tortue garni de douze tiroirs marquetés à feuillage et à grotesques d'ivoire et relevés d'or au pinceau, au milieu duquel cabinet est une architecture de trois colonnes et deux portiques avec deux figures d'ivoire rond de bosse dans les niches et au pourtour des dites figures sont des ornements de bas relief et architecture et au dessus deux figures d'ivoire de bas-relief couchées qui soutiennent un écusson de lapis dans lequel il y a trois fleurs de lys de pierres fines, et au dedans du dit cabinet est un caisson en perspective avec plusieurs secrets et deux escaliers garnis de tiroirs, lequel cabinet est posé sur un bas d'armoire fermant à deux portes lesquelles sont d'écaille de tortue par le devant marquetées d'ivoire à feuillage à grotesques relevés d'or au pinceau et aux costés du dit cabinet il y a des éléments de bas relief dorés sur le fond d'ébène, le tout prisé et estimé la somme de ................................................................1.200 livres

-Le cabinet de Mercure, attribué à Pierre Gole doit dater des années 1645et comporte des tiroirs intérieurs marqueté de bois de rapport, très proche de notre cabinet, avec un caisson plaqué d'ivoire naturel et teinté, avec un décor de grottes, comme le groupe des six cabinets répertoriés.................. …………………...................................................................... (Collection particulière).

- Jean ARMAND. menuisier en ébène du Roi est encore peu connu, mais c'était l'ébéniste ordinaire du Roi Louis XIII qui a livré des meubles pour le Roi, et il est possible que le marquis de Nonant pour son château neuf de Beaumesnil en tant que gentilhomme de la chambre de Louis XIII, ait commandé à l'ébéniste officiel du Roi, ce cabinet. Moins connu que son confrère Pierre Gole, il est probable que plusieurs cabinets ou meubles qui lui ont été attribués seront rendus à Armand.