A l’origine, au 13ème siècle, étaient les moines… Si de cette époque subsistent de majestueux bâtiments conventuels, on a perdu la trace des espaces cultivés par les moines !
Dans le flou qui baigne nos connaissances des jardins de monastères au Moyen Age, nous pouvons néanmoins préciser que le jardin d’agrément n’apparaît qu’à compter du XIIIème siècle, conséquence probable des croisades et des contacts qu’elles occasionnèrent avec le raffinement oriental ; que par ailleurs il faut considérer le monastère comme un lieu austère. Le jardin d’abbaye médiéval est donc avant tout jardin utilitaire, composé de champs clos, qui doivent permettre aux moines de vivre en autarcie. Le plan de Saint-Gall constitue à cet égard la source principale d’information ; les moines cultivent dans leurs jardins, les plantes nécessaires à leur alimentation ainsi qu’à leur pharmacopée. Jardins potagers, jardin médicinal et verger-cimetière en sont les principaux éléments constitutifs, auxquels on peut adjoindre dans la plupart des cas, un clos de vigne.
Précisons également que le travail de la terre par les moines est prévu, à hauteur de 4 à 5 heures par jour, par la règle de saint Benoît, car il favorise l’humilité, une vertu essentielle du moine.
Néanmoins, nous occupons aujourd’hui encore le site tel que les moines l’ont choisi puis aménagé : l’abbaye est en effet toujours isolée au milieu des forêts et des étangs. Un paysage modelé par les moines qui captent une source pour l’alimentation des moines et leurs ablutions, et canalisent deux rivières, pour les amener ensemble sur le site de l’abbaye où elles se subdivisent, un bras contournant l’abbaye tandis que l’autre rentre dans le domaine et traverse les latrines qu’il nettoie avant de devenir souterrain...
Dans cet espace de 3 ha accessible au visiteur, se sont greffés de nouveaux canaux, apportant l’énergie de l’eau aux machines des industriels et aidant au nettoyage des étoffes, durant cette première moitié du 19ème siècle où l’abbaye était une filature.
Alors que nous n’attribuons plus qu’une fonction de décor à ces canaux, qui aurait pensé à la riche histoire et aux multiples périodes qu’ils évoquent ?
A partir de 1870, des religieuses installent un noviciat dans les murs abandonnés et meurtris par les industriels ; elles font disparaître les stigmates, les « outrages » commis par les industriels et redonnent vie à l’abbaye. Elles aménagent le parc qui deviendra tout à la fois un lieu champêtre propice à la détente pour les jeunes novices, et un lieu à la fois calme et reposant, dont la beauté est propre à enchanter l’âme et à favoriser le recueillement et la prière. Des allées sont dessinées, bordées de marronniers, le long des canaux ; un style mixte caractérise ce parc qui voit alterner parties régulières et pelouses géométriques avec des bosquets